RDC : La base de la protestation anti-Kabila s’élargit

RDC : La base de la protestation anti-Kabila s’élargit

Analyse Marie-France Cros

La tragique matinée de dimanche, où, une nouvelle fois, des paroissiens qui voulaient marcher pacifiquement en faveur du respect de la Constitution et de l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, ont été fauchés par les tirs à balles réelles de la police et de l’armée, est-elle une simple répétition de celle qui fit 6 morts au moins le 31 décembre dernier, à l’issue de la messe dominicale? A première vue, oui.

A y regarder de plus près, cependant, on note des différences, montrant que le courage montré par ces chrétiens qui vont au devant des forces de répression armés de leurs seuls crucifix, rameaux et chapelets, fait tache d’huile.

Car alors que la marche des chrétiens du 31 décembre avait vu, par endroits, la présence de manifestants issus d’autres religions que la catholique – des protestants et des kimbanguistes notamment – cette fois, ce sont des autorités des autres religions qui ont appuyé la démarche du Comité laïc de coordination – organisation reconnue par le Vatican – en faveur de marches pacifiques.

Ainsi, le 16 janvier, lors du culte à la mémoire de Laurent Kabila – père de l’actuel Président, assassiné en 2001 – le pasteur François-David Ekofo s’est montré, à la surprise générale, extrêmement critique et des protestants ont annoncé leur participation à la marche du 21 janvier.

Samedi, Simon Kimbangu Kiangani, petit-fils du fondateur, en 1921, de cette Eglise (qui n’est plus reconnue par le Conseil oecuménique des Eglises depuis 2001) comptant une dizaine de millions de fidèles, essentiellement au Congo, a appelé ceux-ci à marcher eux aussi avec des rameaux dimanche.  Samedi encore, le chef de la communauté musulmane (ils seraient environ 8 millions, selon le World Factbook de la CIA), Cheikh Ali Mwinyi N’Kuu – qui ne commente jamais la politique habituellement – a déclaré que le Congo était « malade » et invité les autorités à « éviter de réprimer la marche des laïcs catholiques ». « S’ils décident de réprimer, il n’y aura pas de paix », a-t-il ajouté. Et, selon CanalfuturBukavu, les musulmans membres de l’Alliance des Kabilistes musulmans (Akam), au Sud-Kivu, ont décidé vendredi dernier de se retirer du parti présidentiel.

Cet élargissement de la base de protestation anti-Kabila à d’autres confessions religieuses indique l’importance du rejet d’un régime qui n’a plus d’autre préoccupation, depuis 2011 – quand une fraude massive a décrédi!bilisé l’élection du Président et des députés – que de se prolonger au pouvoir. Plusieurs de nos sources ont souligné que les marcheurs étaient plus nombreux dimanche que trois semaines plus tôt. Le courage, comme la peur, est contagieux.

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