RDC: Tensions politiques avant la marche du 21 janvier

RDC: Tensions politiques avant la marche du 21 janvier

Par Marie-France Cros.

La tension politique se maintient au Congo, deux jours avant une nouvelle marche des chrétiens, annoncée pour ce dimanche 21 janvier, afin de demander une nouvelle fois au régime qu’il respecte l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, balisant le chemin vers des élections consensuelles. Le pouvoir veut en effet la voir « violente » bien qu’elle soit pacifique. Et une fissure apparaît dans le camp présidentiel, où deux cadres se disputent à propos d’une contre-marche que le Premier ministre veut organiser le même jour.

Rien ne va plus entre le régime du président Joseph Kabila, hors mandat depuis décembre 2016, et l’Eglise catholique. La répression de la marche pacifique des chrétiens, le 31 décembre dernier (6 morts au moins selon l’Onu et le Vatican; aucun, selon le régime), destinée à demander le respect de l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, a suscité une large réprobation internationale, y compris de la part du Vatican, qui a souligné que  « la promotion de la justice sociale et la défense des droits civils et politiques des citoyens fait intégralement partie de la Doctrine sociale de l’Eglise ».

Douche froide protestante

Alors que les Kabila utilisent depuis des années les protestants pour couper l’herbe sous les pieds de la puissante Eglise catholique, engagée en faveur de cette Doctrine sociale, la surprise a été grande, le 17 janvier, lors du culte à la mémoire de Laurent Kabila – père de l’actuel Président, qui l’a remplacé à la tête de l’Etat en vertu d’une étrange succession monarchique en pleine république, après son assassinat en 2001 – célébré à la cathédrale protestante du Centenaire. Le révérend François David Ekofo a en effet stigmatisé l’absence d’Etat devant les principales autorités du pays et les a exhortées à léguer « à nos enfants un pays où l’Etat est réel, où tout le monde est égal devant la loi ». « Dieu nous a tout donné (…) C’est un péché pour le Congo d’être encore pauvre », a-t-il dit.

Certaines voix évoquent des projets de créer des violences lors de la nouvelle marche des chrétiens, dimanche (https://afrique.lalibre.be/13711/rdc-les-eglises-du-reveil-appelees-a-la-rescousse-par-le-pouvoir/), afin de décrédibiliser cette démonstration de la soif des Congolais à revenir à la Constitution.

Bras de fer Tshibala-Olengankoy

De son côté, le Premier ministre Bruno Tshibala a annoncé son intention d’organiser une autre marche le 21, destinée, elle, à soutenir « le processus électoral en cours » – allusion à un nouveau report de la présidentielle, qui aurait dû être organisée fin 2016 et ne l’a pas été, puis en décembre 2017 sans plus d’effet et qui est aujourd’hui annoncée pour décembre 2018.

Il s’est toutefois heurté à Joseph Olengankoy. Comme Tshibala, ce dernier fait partie des ex-opposants ralliés au pouvoir en échange de postes. Olengankoy – officiellement président d’un Comité des Sages supposé représenter l’opposition mais que celle-ci ne reconnaît pas – estime que « notre rôle n’est pas d’affronter l’Eglise » et s’est prononcé contre une voie tendant à opposer les Congolais entre eux. « Evitons d’affronter les Congolais, de monter les uns contre les autres. Privilégions la voie de la sagesse et de la paix. Je demande au peuple de rejeter toute action qui a pour but de torpiller l’accord du 31 décembre 2016 », a-t-il indiqué dans un tweet repris par l’agence de presse congolaise APA.

Accusations non étayées

Le régime s’est quant à lui laissé une porte de sortie pour réprimer à nouveau les marcheurs pacifiques en les accusant par avance de violence, tout en affirmant qu’il n’y a pas eu de morts lors de la répression de la marche du 31 décembre. A l’issue d’un conseil des ministres extraordinaires, le 15 janvier, il a en effet assuré que la situation sécuritaire était « relativement calme sur toute l’étendue du territoire national avec, cependant, quelques tentatives subversives initiées notamment par un membre de la hiérarchie du clergé de l’Eglise catholique de la ville de Kinshasa », allusion à l’archevêque Laurent Monsengwo, qui a comparé les chrétiens tués à la sortie de la messe le 31 décembre, aux martyrs de l’Indépendance.

« Ces tentatives », poursuit le communiqué du conseil des ministres, « que des membres de la Cenco (NDLR: conférence épiscopale) ont tenté de rationnaliser par la suite dans un communiqué, s’inscrivaient dans un schéma anticonstitutionnel de violence, de désordre, de perturbation du processus électoral, compromettant gravement les intérêts nationaux ». En conséquence, « les services compétents du gouvernement ont été instruits de faire en sorte que force reste à la loi ».

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