Alain Mabanckou, l’élégance du mot au geste

Alain Mabanckou, l’élégance du mot au geste

Jeudi soir à Bozar, l’écrivain, ardent défenseur des littératures du continent, vient «Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui». Une rencontre forcément attendue avec son public. Sollicité par le président Emmanuel Macron pour prendre part aux travaux de réflexion sur la Francophonie, il a décliné l’offre… Portrait d’un homme de convictions

De Pointe-Noire, où il est né en 1966, et du voisinage étroit cultivé entre Brazzaville et Kinshasa, sa voisine, Alain Mabanckou a conservé le goût pour l’élégance africaine : la Sape qui modèle le quotidien des membres de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes. Une philosophie de vie née en Afrique, copiée ailleurs sur le globe, qui dénie à l’adversité la possibilité de vous définir.

Ce désir de beauté et de grandeur, on le retrouve souvent dans le coeur des personnages de ses romans qui allient la saveur du conte à l’analyse fine de nos sociétés contemporaines.

Devenu professeur de littérature francophone à l’université UCLA, dans cette Californie où il réside une partie de l’année, Alain Mabanckou reste très attaché au quartier de Château-Rouge à Paris. C’est dans ce coin du XVIIIe arrondissement, baptisé Petite Afrique, que réside son tailleur personnel, Jocelyn le Bachelor, mentionné dans son dernier livre «Le monde est mon langage». Cet artiste de l’étoffe est celui qui lui a confectionné le costume en velours bleu roi qui fit tant parler de lui lors de son entrée au Collège de France, le 17 mars 2016.

L’homme est éloquent et manie l’humour avec doigté lors de ses conférences et rencontres littéraires. Le tout-Paris a pu en prendre conscience tandis qu’il occupait la chaire annuelle de création artistique du Collège de France. Ses «leçons de littérature» ont suscité l’engouement bien au-delà du cercle des lecteurs de «Verre cassé», «Mémoires de Porc-Epic» (Prix Renaudot 2006) ou «Petit Piment», obtenant dans la foulée un important écho sur youtube.

Lettre à Emmanuel Macron

Considérant que la littérature africaine n’a pas encore le prestige qu’elle mérite, Alain Mabanckou a battu le rappel des chercheurs, écrivains et penseurs de l’Afrique postcoloniale, les conviant à venir débattre sur le thème «Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui», un mantra devenu le titre d’une collection d’essais récente qu’il a dirigée. La question sera au coeur de sa causerie ce jeudi soir à Bozar.

En décembre dernier, Alain Mabanckou s’est vu officiellement proposer par le Président Emmanuel Macron de «contribuer aux travaux de réflexion engagés autour de la  langue française et de la Francophonie». Une offre que l’écrivain a déclinée à «regret» ce 15 janvier «en raison des accointances que la Francophonie entretient avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine». La «révolution» en cours «dans le bassin du Congo» est une autre de ses préoccupations majeures comme en atteste l’activité de son compte twitter.

Karin Tshidimba

Bruxelles, Bozar, le 18/01 à 20h. www.bozar.be

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