RDC: du Kasaï au Nord Kivu, l’armée face à l’hydre des milices

RDC: du Kasaï au Nord Kivu, l’armée face à l’hydre des milices

Du Nord-Kivu au Kasaï, l’armée de la République démocratique du Congo fait face sur plusieurs fronts à des groupes armés et des milices qui paraissent sans cesse renaître de leurs cendres en cette année supposée déboucher sur des élections. Offensive lundi contre l’armée, enlèvement jeudi d’une dizaine de civils..: défiant les représailles militaires, les présumés rebelles ougandais musulmans des ADF sèment toujours la terreur dans la région de Beni (est), plus d’un mois après la mort de 14 Casques bleus dans un assaut contre la base de Semuliki dont ils sont tenus responsables.

Dans un raid sur Beni lundi à l’aube, les Allied Democratic Forces (ADF) ont tué trois soldats congolais, selon un témoin qui affirme avoir vu les corps à la morgue.

« Nous avons enregistré cinq blessés dont trois graves », a déclaré pour sa part le porte-parole de l’armée dans la région, le capitaine Mak Hazukay, selon qui « l’ennemi a tenté de faire diversion ».

L’armée congolaise a médiatisé samedi sa propre offensive contre ce groupe tenu responsable de la pire attaque contre les Nations unies depuis 1993.

Troupes supplémentaires, artillerie lourde: l’armée congolaise est partie seule au front contre les ADF actifs près de la frontière ougandaise, sans la force de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), qui avaient promis des renforts contre les ADF après la mort des Casques bleus tanzaniens.

« Ils nous considèrent comme une force d’appoint. Si on n’est pas associés à la conception de l’attaque, on y va pas », glisse une source onusienne à l’AFP.

Le président ougandais Yoweri Museveni a indiqué dimanche que son armée soutenait l’offensive congolaise « où c’est nécessaire », sans plus de précisions.

L’armée ougandaise avait affirmé fin décembre avoir tué une centaine d’ADF dans des frappes aériennes dans l’est de la RDC, sans l’armée congolaise.

La RDC et l’Ouganda entretiennent des relations parfois tendues et empreintes de défiance, glisse une source gouvernementale à Kinshasa.

A Beni, la réponse militaire aux ADF ne convainc pas la population qui a observé lundi une journée « ville morte », avec grève et commerces fermés.

« Nous exigeons la libération des otages pris par les ADF. Des opérations de grande envergure ont commencé et aujourd’hui les ADF ont fait incursion dans la ville. Nous ne comprenons pas », s’inquiète le président de la société civile Gilbert Kambale à l’AFP.

Dans ses voeux, le président Joseph Kabila s’était félicité du « rétablissement de la sécurité » au Kasaï (centre), région qui a basculé dans la violence en septembre 2016 après la mort d’un chef coutumier tué par les forces de sécurité.

Plus de 3.000 morts dont deux experts de l’ONU, 1,4 million de déplacés… les autorités avaient justifié le report des élections de fin 2017 à fin 2018 en raison des violences au Kasaï et du retard dans le recensement des électeurs.

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a accusé en décembre les forces de sécurité congolaises et une milice soutenue par l’armée d’avoir « planifié » les massacres au Kasaï.

En ce début d’année, la région oscille entre signes de normalisation et reprise des tensions. Samedi, l’Angola et la RDC ont annoncé la réouverture de leur frontière, que Luanda avait fermée en avril au plus fort des violences, quand quelque 30.000 Congolais se réfugiaient dans la province du Lunda Norte.

Dimanche à l’aube, à Kananga, la grande ville de la région, quatre militaires congolais ont été tués par des miliciens près de l’aéroport, selon les voisins.

Autres violences: le 10 janvier, une dizaine d’hommes armés ont décapité un agent des services de renseignements, emporté sa tête, incendié une dizaine de cases à Kakenge à 195 km au nord de Kananga. Il s’agit de la quatrième victime en un mois parmi les représentants des services de sécurité, d’après l’administrateur du territoire de Mweka.

« Rien n’est fait pour juguler les raisons qui sont à la base de ces violences notamment la pauvreté. Aucun programme de réinsertion sociale des ex-miliciens n’a été mis au point », regrette l’expert en médiation et résolution des conflits Anaclet Tshimbalanga.

« Ces jeunes qui ont pris goût au maniement des armes savent que s’ils entretiennent la violence, les autorités vont les respecter », ajoute-t-il.

Dans quelques mois, les autorités congolaises doivent déployer des machines à voter dans cet immense pays de 2,3 millions de Km2 et 45 millions d’inscrits, Un défi logistique renforcé par les problèmes de sécurité.​

Que pensez-vous de cet article?