Tunisie : chômage, inflation, austérité

Tunisie : chômage, inflation, austérité

Analyse Vincent Braun

Il aura suffi que le gouvernement tunisien applique une hausse des prix à quelques denrées alimentaires de base et biens de consommation courante pour faire sortir dans les rues les couches les plus précarisées de la population.

Depuis lundi, des Tunisiens des quartiers populaires ou défavorisés d’une trentaine de villes du pays déjà affectées par un chômage persistant et une pauvreté galopante expriment leur ras-le-bol face à des mesures d’austérité qu’ils ne peuvent supporter.

Jusqu’ici, les heurts observés dans les quartiers populaires comme de la capitale Tunis ont provoqué la mort –  « accidentelle » selon les autorités – d’une personne et l’arrestation de 778 manifestants pour des actes de violence.

Un cocktail incendiaire

La situation s’est tendue entre les forces de l’ordre et les manifestants à mesure que la semaine s’écoulait. Le calendrier est délicat. Ce dimanche marquera le septième anniversaire de la révolution de Jasmin qui avait poussé, le 14 janvier 2011, le président Zine el-Abidine Ben Ali à quitter le pays dans la plus totale confusion.

Depuis lors, les revendications de la révolution réapparaissent chaque année à la même période. L’entrée en vigueur de la loi des finances, ce 1er janvier, n’apparaît donc que comme une nouvelle occasion, pour les couches fragilisées de la population, d’exprimer leur ras-le-bol par rapport à une situation socio-économique qui n’a guère progressé depuis l’immense espoir suscité par la mise en œuvre du processus post-révolutionnaire.

En 2011, les Tunisiens avaient fait de la lutte pour la dignité, l’emploi, les libertés et contre la corruption leurs principaux chevaux de bataille. Des idéaux encore loin d’être atteints.

Troubles en voie de résorption

La vigueur des protestations observées cette année pourrait être liée à la proximité du scrutin municipal à venir. D’ailleurs, les autorités ont jusqu’ici accusé l’opposition de gauche d’instrumentaliser le mouvement alors que des élections municipales, reportées depuis longtemps, doivent se dérouler au mois de mai. Les troubles semblaient toutefois en passe de se résorber. Dans la nuit de jeudi à vendredi, à Siliana (Nord-Ouest), des dizaines de jeunes ont jeté des pierres durant environ trois heures sur des agents des forces de sécurité qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogènes. Le calme prévalait toutefois à Kasserine, Thala et à Sidi Bouzid, dans le centre défavorisé du pays d’où était partie la révolution. La banlieue de Tunis ainsi que Tebourba (Nord-Ouest), théâtre de manifestations et violences ces derniers jours ont aussi retrouvé la quiétude.

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