Le pouvoir des églises en Afrique

Le pouvoir des églises en Afrique

L’Eglise catholique au Congo n’est pas la seule à ne pas se limiter à la messe et aux œuvres de charité.

Au Nigeria, l’archevêque catholique John Onaiyekan a ainsi dénoncé la « dictature » Buhari en 2015 et le cardinal Anthony Okogie a clamé la « faim de pain et de bonne gouvernance » de la population en 2016.

L’archevêque de Dakar, le cardinal Adrien Sarr, n’hésite pas à critiquer le gouvernement sénégalais parce qu’il ne fait pas assez pour la paix en Casamance.

Au Burkina Faso, le cardinal Philippe Ouedraougo a déclaré l’opposition des évêques à la révision constitutionnelle concoctée pour permettre au président Blaise Compaoré de briguer un mandat de plus – révision qui a entraîné le renversement du chef de l’Etat par la rue en 2014.

Et tout le monde connaît le rôle joué par l’archevêque anglican Desmond Tutu dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud ou celui du pasteur Martin Luther King dans la lutte pour l’égalité des droits entre noirs et blancs aux Etats-Unis.

Une tradition très politique

Au Congo-même, les exemples ne sont pas rares de religieux ayant joué un rôle politique sans que le régime Kabila y trouvât alors à redire parce que ces derniers lui étaient favorables.  L’abbé Apollinaire Malu Malu a ainsi été président de la commission électorale de 2003 à 2011, ayant caché qu’il avait été jusque-là expert au Service d’études stratégiques de la Présidence; il reprit le même poste entre 2013 et 2015 malgré l’interdiction de l’Eglise, qui le sanctionna. Il a aussi effectué des missions à l’étranger pour le compte du chef de l’Etat et été coordonateur de l’équipe gouvernementale de négociation avec la rébellion du M23 en 2013.

Le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, fondateur d’une “Eglise du réveil”, dirigea la commission électorale congolaise en 2011 et est ainsi considéré comme la cheville ouvrière des fraudes massives en faveur des kabilistes qui avaient marqué les élections de cette année-là, jugées non crédibles par les observateurs.

L’évêque protestant Marini Bodho – un proche des Kabila père et fils, qui bénit le mariage de ce dernier en 2006 – fut président du Sénat de 2003 à 2007, après avoir présidé la « Consultation nationale » lancée par Kabila père, en 2000; celui-ci opposa finalement une fin de non recevoir à celles de ses demandes qui touchaient à une démocratisation. Il a en outre été élu sénateur en 2007.

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