Kinshasa: les violences des inondations amplifiées par la folle croissance urbaine

Kinshasa: les violences des inondations amplifiées par la folle croissance urbaine

Des morts, des eaux qui débordent, des maisons qui s’effondrent… La violence des pluies torrentielles qui ont frappé Kinshasa pendant quelques heures jeudi a été amplifiée par la folle croissance de la mégapole africaine.

Au moins 37 personnes sont mortes dans la capitale de la République démocratique du Congo touchée par un orage violent mais normal en cette fin de grande saison des pluies dans la nuit de mercredi à jeudi, d’après les autorités provinciales.

Les quartiers les plus touchés sont des communes populaires vibrantes d’activités mais avec des poches de pauvreté, comme Ngaliema construite sur une colline (13 morts), Selembao (9 morts), Bandal, où des enfants d’une même famille sont morts noyés après l’effondrement de leur maison, Limete, d’après le ministre provincial des Affaires sociales, Dominique Weloli.

A Ngaliema, trois personnes, Brunelle, 18 ou 19 ans, sa sour Gladys, 22 ou 23 ans, et son bébé, ont été victimes de l’effondrement de leur maison construite en briques d’argile couleur sable qui s’effritent entre les mains après l’orage, ont indiqué les voisins à l’AFP.

La maison, construite au fond d’un ravin parmi la végétation, a été détruite par les eaux qui se sont précipitées du haut d’une colline jonchée de détritus, selon les habitants.

Une entreprise chinoise avait bien tenté de construire des canalisations sur la voirie là haut, mais elles ont cédé sous la violence des pluies. Deux tuyaux ont été projetés jusqu’au fond du ravin, près de la maison des victimes dont ne subsiste rien qu’un canapé en plein air.

« Les secours sont venus mais en retard, vers 4h00 », explique un jeune homme, Magloire, qui affirme avoir découvert les corps.

La maison des deux sours, dont les parents étaient absents, ainsi que celle de deux voisins blessés, n’auraient pas dû se trouver là. « Ce sont des constructions anarchiques. Ça fait très longtemps que les textes de l’État interdisent de s’installer ici. Les gens s’installent quand même parce qu’ils manquent de moyen d’aller ailleurs », détaille le chef de quartier adjoint Ruffin Abedi.

– ‘Urbanisme de la pauvreté’ –

Les inondations à Kinshasa sont « liées à la surpopulation, à l’occupation de terrains inondables qui ne devaient pas être occupés », avance le colonel Roger-Nestor Lubiku, ex-directeur général de l’Institut géographique du Congo (IGC).

« La solution à ce double problème (inondations et surpopulation), c’est la délocalisation des populations qui occupent des terrains inondables vers des surfaces habitables », ajoute-t-il joint par l’AFP.

Plus facile à dire qu’à faire. Kinshasa connaît une croissance démographique rapide, sans cadastre et difficile à quantifier en l’absence de tout recensement.

La capitale compterait 10 millions d’habitants, soit un doublement de population en même pas 20 ans. Rien qu’entre 2000 et 2005, le nombre de Kinois est passé de 6 à 7,5 millions, d’après la cartographie satellitaire de la Revue belge de géographie.

La même revue savante énonçait en 2009 une conclusion toujours valable en 2018 sur les collines de Ngaliema: « 30% de la croissance urbaine s’est effectuée sur des pentes de plus de 15%, soit présentant un risque important d’érosion ».

Cette croissance est le fait d’un « urbanisme de la pauvreté », affirmait en juillet au journal français Le Monde Corneille Kanene, ex-directeur de ONU-Habitat, ajoutant: « les trois quarts de Kinshasa sont constitués de bidonvilles sans accès à l’eau ni à l’électricité ».

Cet urbanisme est tellement inégalitaire qu’il va au-delà de la ségrégation sociale habituelle dans les grandes villes. Les habitations fragiles de Ngaliema se trouvent à quelques centaines de mètres des villas cossues de Macampagne, et à quelques kilomètres des tours, des ambassades et des belles villas de la Gombe.

En cette période de crise politique, l’opposition a dénoncé « la mauvaise gouvernance » et les carences de l’État. L’ambassadeur du Canada Nicolas Simard s’est aussi permis ce tweet: « Ce drame rappelle la nécessité d’une meilleure planification urbaine, l’entretien des infrastructures, et la gestion des urgences ».​

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