RDC : « il y a eu beaucoup plus de morts le 31 décembre »

RDC : « il y a eu beaucoup plus de morts le 31 décembre »

Par Hubert Leclercq

Huit morts, des dizaines de blessés, des centaines de personnes arrêtées.

Le bilan de la répression de la marche des catholiques du 31 décembre en République démocratique du Congo est catastrophique. Suffsamment grave pour que la communauté internationale hausse le ton et reparle de sanctions contre le régime Kabila même si l’Europe, une fois de plus, n’est pas, elle, parvenue à parler d’une seule voix. Certaines capitales de l’ouest du vieux continent n’osent toujours pas « débrancher Kabila », pour reprendre l’expresson d’un diplomate « outré » par cette attitude. « Ils pensent encore qu’ils vont décrocher de gros contrats pour certaines majors. Mais Kabila se moque d’eux. Cela fait des années qu’il tient ces pays avec de vaines promesses. »

Malgré cette triste tiédeur européenne, le régime Kabila s’est encore un peu plus placé sur la liste des pays infréquentables en réprimant jusque dans les églises des manifestations pacifiques.

Et, à en croire deux hauts gradés, le bilan déjà trop lourd n’est pas définitif… « loin de là », nous lance un des militaires en poste à Kinshasa. « Il y a au moins une dizaine de morts en plus rien qu’à Kinshasa. » Un autre officier confirme, « j’ai vu six cadavres ce mardi au camp Kokolo. Comme à chaque fois, ces cadavres vont disparaître bien lestés dans le fleuve. Plus question pour nos supérieurs de faire creuser des fosses communes qui finissent toujours par être découvertes. »

Personne ne veut savoir

Les deux militaires partagent le même point de vue : la Monusco ne veut rien savoir. « Certains de nos militaires ont déjà dénoncé cette situation mais rien n’y fait. Des hommes de la Monusco pouvaient passer au camp Kokolo pour constater, ils ne sont pas venus alors que certains savaient », explique le premier.  « S’ils le voulaient, avec les moyens technologiques dont ils disposent, ils n’ont même pas besoin de venir physiquement au camp. Mais s’ils ne veulent rien voir… J’ai des images prises en fin de matinée chez un de nos généraux. On voit les corps, je vous en fait parvenir ». Ce qu’il fera.

« On a parfois le sentiment que la vie des jeunes congolais ne vaut pas grand-chose », lâche, en colère, le second. « Je sais que quand le régime tombera, on devra fuire parce que nous serons tous dans le même sac. Les militaires congolais sont largement en retrait par rapport aux étrangers surtout à Kinshasa (et d’évoquer « des voisins de l’est et des Suudanais, surtout ») . Le président n’a pas confiance en nous. Nous sommes mal armés, mal payés, mais nous n’avons rien d’autre pour faire vivre nos familles…« 

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