Kabila fait tirer dans les églises et sur les chrétiens

Kabila fait tirer dans les églises et sur les chrétiens

Huit morts et une centaine d’arrestations, dont des prêtres : tel est, selon l’Onu, le bilan de la répression des marches pacifiques de chrétiens qui avaient été annoncées pour le 31 décembre. Elles entendaient réclamer la mise en œuvre de l’Accord de la St-Sylvestre 2016, qui balisait le chemin vers des élections consensuelles mais n’est pas appliqué par le régime, et exiger du président Joseph Kabila, hors mandat depuis un an, qu’il annonce qu’il ne cherchera pas à se présenter au scrutin présidentiel, conformément à ce que lui interdit la Constitution. Selon une de nos sources, les forces de l’ordre n’ont pas exercé de violences quand un ou des casques bleus de la Mission de l’Onu au Congo étaient présents.

Supplications et menaces à la télévision publique

Samedi, la télévision publique avait consacré toute la soirée à des interventions de politiciens de la Majorité présidentielle (Aubin Minaku, Azarias Ruberwa, Justin Bitakwira, Steve Mbikayi, Felix Kabange Numbi) et d’officiers supérieurs de la police (le commissaire provincial Sylvano Kasongo Kitenge et son adjoint Ilunga), utilisant tour à tour la supplication et la menace, pour convaincre la population de ne participer à aucune marche dimanche.

Dès samedi soir, des chars militaires ont été déployés dans la capitale – “certains placés dans les enceintes des églises”, nous dit une source à Kinshasa – la cathédrale “scellée par la Garde républicaine” (garde prétorienne de Kabila) “lourdement armée »”, les réseaux sociaux coupés ou fortement perturbés, la radio onusienne Okapi brouillée (elle l’était encore lundi). En outre, un grand nombre de policiers et militaires formaient des barrages “tous les 500 m”, selon une autre source dans la capitale congolaise, barrages où les véhicules étaient fouillés. Ces déploiements se sont prolongés jusqu’à l’après-midi du 31 décembre, lorsque la répression des marcheurs a pris fin.

Entretemps, les violences se sont multipliées dans la capitale et dans d’autres villes du pays (notamment à Lubumbashi, où l’ex-maire adjointe Clotide Mutita et l’ex-ministre provincial Juvenal Kitungwa ont été blessés et le matériel liturgique de la basilique détruit, et Kananga, où l’on déplore un mort, selon l’Onu) pour empêcher les marches de chrétiens. Celles-ci réunissaient surtout des catholiques, mais aussi des protestants, des membres d’Églises du réveil et des kimbanguistes, notamment à Kinsuka (Kinshasa) selon un témoin. Il y a eu aussi des violences policières aussi en dehors de toute manifestation, comme le montre une vidéo où des policiers harcèlent les passants dans la capitale pour les frapper et les voler.

Samedi soir, des prêtres arrêtés dans l’église de Lemba, un quartier de Kinshasa, ont été libérés par des jeunes paroissiens. Le dimanche, des “Bana Mura”, surnom donné à la garde présidentielle, et des gens en civil ont ouvert le feu dans cette église, indique une source de La Libre Belgique. Dimanche, à St-Michel de Bandalungwa, une autre source indique que des “anglophones lourdement armés » sont intervenus pour empêcher la marche. L’ex-candidat à la présidentielle Vital Kamerhe est resté avec les fidèles, partageant leur sort.

Avec des chants religieux et les rameaux de la paix

L’opposant Martin Fayulu, très populaire à Kinshasa, était à l’église St-Joseph de Matonge, nous indique une autre source, où il a participé à la tentative de marcher comme prévu. Les croyants y ont cependant été repoussés par la police, qui a tiré en l’air et lancé des gaz lacrymogènes.

À Kingabwa, les chrétiens ont réussi à parcourir 500 m en chantant et en agitant des rameaux, précise une autre source, avant d’être dispersés par la force par la garde présidentielle. À Limete, commune où est installé le siège du parti d’opposition UDPS, les forces de l’ordre ont ouvert le feu à St-Dominique et repoussé à l’intérieur les 600 personnes qui voulaient sortir de l’église, les retenant durant trois heures. On y déplore des blessés. Quatre des tués “au moins, deux à Lemba et deux à Limete” ont été abattus “de sang-froid, souvent à bout portant, alors qu’ils n’étaient mêlés à aucune action violente”, précise une de nos sources.

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