Kabila a crucifié la liberté d’expression

Kabila a crucifié la liberté d’expression

Commentaire Marie-France Cros

Pour bien montrer leurs intentions pacifiques, ils avaient prié et étaient sortis des églises en vêtements liturgiques et porteurs de crucifix, suivis par des fidèles agitant des palmes. Mais l’impensable est arrivé: la police du président hors mandat Joseph Kabila a tiré dans les églises. Et a arrêté ceux qui réclamaient pacifiquement la démocratie, leurs prêtres et des enfants de chœur en aube blanche, coupables de leur foi et armés de leur croix.

Par dizaines de milliers des Congolais – catholiques mais aussi protestants et kimbanguistes – ont été empêchés par la force, dimanche, de marcher en faveur de la démocratie. On déplore 8 morts et une centaine d’arrestations, dont des prêtres, selon l’Onu – sans compter ceux qui succomberont à leurs blessures dans ce pays où la police ne craint pas d’achever des blessés dans les hôpitaux et d’enlever des cadavres pour cacher ses crimes.</p><p>Le régime Kabila en compte beaucoup à son actif mais ceux de dimanche sont particulièrement hideux parce que partiellement perpétrés dans des lieux de culte. Seuls les génocidaires hutus du Rwanda avaient osé pareil sacrilège ou l’escadron de la mort qui, en 1980, tua en pleine messe l’archevêque salvadorien Oscar Romero, martyr de la foi béatifié en 2015.

Ces nouveaux crimes sont aussi une faute. Car si, en raison de la désorganisation de l’opposition, Kinshasa pouvait assurer aux diplomates que le Congo, aujourd’hui, c’est “Kabila ou le chaos”, il vient de montrer que c’est, au contraire, “Kabila, donc le chaos”. Il a désormais rejoint, dans le panthéon des dictateurs, l’autre “bourreau des chrétiens”, Mobutu, qui fit tirer, en 1992, sur des croyants pacifiques qui voulaient la démocratie – crime qui amorça la descente aux enfers du Léopard. Mais, contrairement à ce dernier, à qui l’Histoire reconnaît qu’il a créé chez ses compatriotes le sentiment d’appartenir à une nation, Joseph Kabila n’a pas grand chose à placer sur l’autre plateau de la balance, pour atténuer le poids de ses crimes.

Qu’a-t-il créé au Congo, cet homme qui, par machiavélisme ou négligence, a suscité, attisé ou laissé s’étendre des conflits ethniques de plus en plus nombreux? Quels progrès pour son peuple peut présenter ce chef d’Etat qui, depuis les élections présidentielle et législative de 2011, jugées “non crédibles” par les observateurs internationaux, ne s’occupe plus que de manigances destinées à le maintenir au pouvoir et à accroître toujours plus ses richesses et celles de ses proches? Parce qu’il craint les élections, Kabila ne les organise pas. Parce qu’il craint que le monde entende à quel point les Congolais ne veulent plus de lui, il crucifie la liberté d’expression.

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