Liberia: Jewel Taylor, une femme forte et trouble à la vice-Présidence

Liberia: Jewel Taylor, une femme forte et trouble à la vice-Présidence

Portrait par Marie-France Cros.

A première vue, rien ne prédisposait Jewel Howard Taylor, ex-épouse de l’ex-président du Liberia Charles Taylor – condamné à 50 ans de prison en 2012 pour crimes contre l’humanité au Sierra Leone voisin (où il avait attisé la guerre civile) – à être élue vice-Présidente du Liberia, mardi dernier, alors que l’ex-footballeur George Weah accédait à la Présidence.

Celui-ci est en effet issu d’un bidonville de Monrovia et de la population originaire du Liberia; les Taylor sont des descendants des esclaves affranchis envoyés au XIXe siècle par les Etats-Unis coloniser le Liberia, où ils formeront une aristocratie ultra minoritaire (45.000 personnes pour 2 millions d’habitants en 1962, quand ils cesseront d’être les seuls à bénéficier du droit de vote) qui fournira 23 des 25 chefs de l’Etat.

Déjà marié

Jewel Taylor rencontre le futur criminel dans les années 80 à l’université à Monrovia. Elle le suit aux Etats-Unis bien qu’il soit marié à Agnes Reeves Taylor (en cours de jugement en Grande-Bretagne pour participation aux atrocités commises par le groupe armé de Charles Taylor) et y reste pour des études alors qu’il lance, en 1989, la guerre civile au Liberia. Jewel lui rendra visite dans son fief du comté de Bong en 1992, pour ne rentrer au Liberia qu’en 1996 et épouser l’homme de sa vie en 1997. Elle lui donnera deux anfants.

C’est cette année-là que Charles Taylor, vainqueur de l’atroce guerre civile qu’il a lancée, est élu triomphalement Président, après une campagne où ses troupes ont notamment utilisé le slogan “Il a tué ma mère, il a tué mon père, mais je voterai pour lui”.

Comme Première Dame, Jewel a été gouverneur adjoint de la banque centrale , présidente d’une autre banque et responsable des hypothèques dans une troisième. Elle a aussi poursuivi des activités humanitaires, dont elle se prévaut aujourd’hui.

Retraite et divorce

En 2003, Taylor est forcé par une rébellion à quitter la Présidence et se réfugie au Nigeria, dans une retraite confortable. En 2005, Jewel demande le divorce, peu avant l’arrestation de son mari. La même année, elle est, au Libéria, élue sénateur du comté de Bong, le fief de son mari (elle obtiendra le divorce en 2006) qu’elle a apporté à Weah sur un plateau, mardi: l’ex-footballeur y a quadruplé son score de la présidentielle qu’il avait perdue en 2005, face à Ellen Sirleaf-Johnson, la Présidente sortante, qui ne pouvait se représenter.

Jewel Taylor assure n’avoir pratiquement rien su des crimes commis par son mari. Elle a cependant jugé « politiquement motivé » le procès de celui-ci par un tribunal international et rejette toute idée de jugement des crimes de la guerre civile au Liberia (150.000 morts et 26.000 viols, dont une bonne partie attribués au camp Taylor) parce que cela “accroîtrait les divisions du pays”.

Comme sénateur, elle a échoué en 2012 à faire adopter une loi prévoyant la peine de mort pour homosexualité, bien qu’elle soit considérée comme la seconde femme la plus puissante du pays: la première, la présidente Sirleaf-Johnson, avait fait savoir qu’elle ne promulguerait jamais cette loi.

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