Angola: une pénurie d’essence aux relents politiques

Angola: une pénurie d’essence aux relents politiques

 
Par Marie-France Cros.
 
Depuis quelques semaines, l’Angola, premier producteur de pétrole d’Afrique, souffre d’une pénurie… de carburant. Les queues s’allongent devant les stations d’essence, de manière spectaculaire. Si spectaculaire que beaucoup d’Angolais la croient destinée à frapper les esprits, cinq semaines après le limogeage d’Isabel Dos Santos de la tête de la société pétrolière nationale Sonangol.

 
Le président Joao Lourenço, 63 ans, a pris la tête de l’Etat angolais à la fin septembre dernier, après 38 ans de présidence de José Eduardo Dos Santos. Durant sa campagne électorale, M. Lourenço avait promis de lutter contre la corruption, endémique, dans laquelle sont souvent accusés de jouer un grand rôle des généraux favorisés par José Eduardo Dos Santos. Plusieurs d’entre eux sont ainsi poursuivis devant la justice américaine, depuis le 15 novembre, par la société Africa Growth Corp. spécialisée dans la création de sociétés d’investissement dans l’immobilier en Afrique.
 
« La Princesse » limogée de Sonangol
 
A la surprise de beaucoup, le président Lourenço – ministre de la Défense avant son élection et considéré comme apprécié par l’armée -tient parole. Il a remercié de nombreux dirigeants d’entreprises ou services publics proches de son prédecesseur. Son action la plus frappante a été, à la mi-novembre, le limogeage de « la Princesse », Isabel Dos Santos, fille de l’ex-chef de l’Etat et femme la plus riche d’Afrique, qui était à la tête de Sonangol, l’entreprise pétrolière de l’Etat angolais, depuis juin 2016. Un poste parmi les plus importants du pays puisque le pétrole représente un tiers du PIB de l’Angola et plus de 95% de ses exportations, selon la Banque mondiale. Mais la jeune millionnaire n’y avait pas brillé, tardant à prendre des décisions, selon les compagnies pétrolières internationales qui sont les partenaires de Sonangol et qui ont écrit pour s’en plaindre à Joao Lourenço, a indiqué Reuters.  
 
Retards de paiement aux fournisseurs
 
Cinq semaines après ce séisme et alors que l’Angola produit 1,8 million de barils de pétrole par jour (mais ne dispose toujours que d’une seule raffinerie), les Angolais constatent avec effarement des queues durant plusieurs heures dans la plupart des stations-service du pays, alors qu’au marché noir l’essence se vend au triple de son prix officiel. La Sonangol explique ce phénomène par « quelques retards dans le déchargement des carburants » en raison de trop grands délais de paiement à des fournisseurs.
 
Un épisode comparable était survenu en mars 2017, en raison de la chute des prix pétroliers depuis 2014. Mais, depuis quelques mois, les cours remontent – ce qui pousse nombre d’Angolais à donner une interprétation politique à la pénurie en cours. D’autant que « la plupart des stations de carburant en Angola appartiennent ou sont contrôlées par des généraux du régime de l’ex-Président et sa fille », selon une déclaration à l’AFP de l’analyste politique Agostinho dos Santos, proche de l’opposition.
 
Vraie ou fausse, cette interprétation indique à suffisance que les Angolais s’attendent de plus en plus à un bras de fer entre Jose Eduardo Dos Santos, 75 ans, resté président du MPLA, le parti au pouvoir depuis l’indépendance, en 1975, et le nouveau chef de l’Etat, qui en est membre.

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