Le FMI exige davantage de transparence du Congo-Brazzaville

Le FMI exige davantage de transparence du Congo-Brazzaville

« Dette insoutenable » et faible lutte contre la corruption: le Fonds monétaire international (FMI) exige davantage d’efforts et de transparence du Congo-Brazzaville avant de lui accorder un « arrangement financier » pour relancer son économie plombée par la baisse des prix du pétrole.

C’est la conclusion, mercredi, d’une mission du FMI en République du Congo pays dont la mauvaise santé inquiètent les experts en raison d’une possible contagion à toute la zone CFA d’Afrique centrale: le FMI a renvoyé à plus tard l’octroi d’une aide déjà consentie au Gabon et au Cameroun, malgré la détresse sociale dans ces pays.

Le FMI n’oublie pas que les autorités congolaises lui ont caché une partie de leur dette quand les six pays d’Afrique centrale ont décidé d’ouvrir il y a tout juste un an des discussions bilatérales avec le Fonds.

Il y a quelques jours, la patronne du FMI, Christine Lagarde, avait rappelé ses exigences envers le mauvais élève de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cémac): « livre ouvert, chiffres clairs et parfaite détermination de l’ensemble de la dette publique ».

La directrice du FMI avait fait observer qu' »on prête l’argent de la communauté internationale (…) Donc, on est redevable de cette transparence et on l’exige de nos partenaires ».

Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, avait repris exactement le même discours en recevant il y a deux semaines à Paris le président congolais Denis Sassou Nguesso, qui cumule plus de 30 ans au pouvoir.

Le FMI souhaite donc continuer à travailler avec Brazzaville sur « le rétablissement de la viabilité de la dette » et « le renforcement de la gouvernance ».

« Une fois ce travail achevé, un arrangement financier visant à soutenir le programme économique du Congo sera discuté au niveau du personnel du FMI avant d’être proposé à l’examen du Conseil d’administration », selon le communiqué final de la mission.

Tout en notant « des progrès » et en accueillant « favorablement » le projet de budget 2018, la mission du FMI déplore « la faiblesse des organismes de lutte contre la corruption et des statistiques (…) qui limite la mise en oeuvre des lois et règlements, et augmente les vulnérabilités économiques ».

– ‘Faiblesses’ –

La mission observe que « l’économie du Congo continue de subir les contrecoups de la baisse des prix du pétrole, d’une dette insoutenable et des faiblesses dans la gouvernance ».

« Une récession plus profonde de l’économie non pétrolière en 2017 – avec une baisse de 9,2% – nuit aux segments les plus vulnérables de la population », ajoute-t-elle.

Le Congo a longtemps vécu sur la rente pétrolière, avec sa capitale économique Pointe Noire, qui accueille le français Total et l’Italien Eni.

Le pays a enregistré des excédents budgétaires entre 2003 et 2014 avant de plonger dans la crise quand le prix du baril est tombé à 50 dollars.

Ces années fastes ont permis aux autorités de financer quelques grands travaux: aéroport flambant neuf de Brazzaville, pont du 17-Août inauguré juste avant l’élection présidentielle de 2016, fastueux centre des conférences de Kintele.

En raison des arriérés de salaires, l’année 2017 a été marquée par des grèves à répétition à l’université et au Centre hospitalier et universitaire (CHU). Les étudiants accusent quatre trimestres d’arriérés de bourses.

Si les fonctionnaires perçoivent régulièrement leurs salaires, avec quelques légers retards en octobre et en novembre, près de 20.000 pensionnés de la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF) ne sont pas payés depuis une année.

« Personnellement je ne pense pas que les experts du FMI viennent pour nous sauver », a indiqué à l’AFP Didier Galebaye, porte-parole du Syndicat des enseignants du supérieur (Synesup).

« Aucun pays au monde ne s’est développé grâce au FMI. Mais, s’il peut nous aider à améliorer la gestion des finances publiques ça serait quelque chose de gagner », conclut le syndicaliste enseignant.

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