Kody, le phénomène du stand-up belge

Kody, le phénomène du stand-up belge

Rencontre avec l’humoriste Kody Seti Kimbulu, alias Kody. Né à Schaerbeek, fils du dernier ambassadeur du Zaïre au Royaume de Belgique, la star du Grand Cactus ne cesse de multiplier les aventures – stand-up, cinéma et séries télé.

LLA : Pourrais-tu m’expliquer comment, après des études de marketing et de commerce, en es-tu arrivé à vouloir devenir humoriste ?

K : J’ai commencé par une candidature en sciences politiques, et puis une passerelle en commerce extérieur. J’ai obtenu comme premier boulot un travail de commercial mais je me réveillais toutes les nuits au milieu de cauchemars au cours desquels je ne réalisais pas mon objectif du mois. Je me suis dit « C’est quoi ce stress ! C’est pas du tout un truc qui me correspond ». Je n’avais pas l’impression que je pourrais être un bon vendeur, ou en tout cas pas pour ce genre de produit. Il fallait donc que je trouve un autre emploi et j’ai eu une opportunité pour bosser dans une start-up qui vendait des softwares. Je faisais partie de leur équipe marketing.

À ce moment-là, j’ai commencé à penser sérieusement à mon futur : « Ai-je vraiment envie de faire ce métier ? » Je désirais me lancer dans l’artistique, le cinéma. Devenir acteur a toujours été mon rêve! Mais il fallait que je trouve un boulot qui me permette de prendre le temps de commencer à faire les démarches pour réaliser mon rêve tout en continuant à subvenir à mes besoins. Je me suis retrouvé à travailler dans l’immobilier. Là, je pouvais gérer mes horaires comme je voulais, ce qui me permettait d’aller à des castings, des rendez-vous, etc. C’était très difficile. Je ne connaissais personne, je ne savais pas où aller, je n’avais pas suivi de formation pour ça. Puis un jour, je suis allé au mariage d’un ami et j’ai fait un discours qui ressemblait plus à un sketch. Tous mes amis sont venus me trouver et m’ont dit « Bon ça suffit, c’est terminé, lance-toi là dedans ! C’est pour toi ! ». Du coup je suis revenu de ce mariage en me disant qu’il fallait que je me lance réellement « là-dedans ». J’ai commencé par faire des capsules télé. J’ai essayé de démarcher un peu pour voir où je pouvais les vendre. Mais bon, comme c’était fait avec deux caméscopes nuls, on m’a aiguillé de rencontres en rencontres mais, finalement, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon producteur que et qui m’a proposé de faire la première partie d’un spectacle. Je l’ai fait et tout a démarré grâce à cela.

L’incroyable imitation de Belmondo, par Kody

LLA : Qu’est ce qui te plaît dans le métier d’humoriste ?

K : Ce qui m’a plu au départ, c’est que dans le cas de ce spectacle, je devais écrire un texte qui devait durer dix minutes. Il est vrai que j’observais beaucoup les humoristes, notamment les américains Dave Chapelle, Chris Rock, etc.. En les observant, j’ai pensé que c’était quand même fascinant de pouvoir faire rire un public. Après cette première expérience de dix minutes, face à un public à qui cela a plu, je me suis dit que c’était vraiment un métier que je pourrais faire. Mais il fallait faire plus que cela dure non dix minutes mais une heure. Alors j’ai tenté. J’ai trouvé un co-auteur, un metteur en scène et c’est là que cela devient fascinant parce qu’on crée un échange magique. On est seul sur scène, sans artifice, on est là juste avec nos blagues. Il faut un mixte d’inconscience et de courage pour se lancer. Car il faut une prétention énorme pour se dire : « Je vais vous faire rire pendant une heure, vous allez m’écouter et vous allez rire ». On vient avec une promesse, celle de faire rire. Quand ça marche, c’est gagné, c’est super. Mais quand ça ne marche pas, la sanction est immédiate. S’il n’y a pas de rire, notre promesse n’est pas tenue. Et donc petit à petit cela se construit. C’est ça que j’aime dans l’humour, c’est que cette promesse se construit petit à petit : on commence avec un premier texte, on le teste une fois ou deux, on voit ce qui marche et ce qui ne marche pas, il y a des choses qu’on n’avait pas prévues et qui font rire, il y a des silences qui font rire. Tout cela, ça s’apprend avec le temps et l’expérience. Un peu comme un alchimiste qui prépare sa potion avec minutie et qui sait exactement l’effet que cela va avoir. Aujourd’hui, avec le spectacle que je suis en train de préparer, je sais qu’il y a des choses imparables. Ici, en France, ou au Congo je sais que cela va marcher. Parce que ça concerne tout le monde et parce que je sais où sont les effets comiques. C’est marrant de voir comme ça marche à chaque fois et que ce n’est plus du hasard.

C’est comme de la musique classique. Moi je trouve que c’est un art. Je ne dis pas que je suis un virtuose (rires), mais c’est un art. Comme la musique classique, il y a des notes, il y a des gammes, du relief et tout cela donne un impact évident et sans faille. Il y a toujours une réaction. Quelqu’un a dit « l’humour est la forme la plus désintéressée de l’intelligence ». Je trouve cela vraiment bien dit parce qu’on dit pas mal de conneries sur l’humour, mais là je suis d’accord. Et c’est vrai que c’est une forme d’intelligence. Dans l’étymologie grecque, le mot interligare signifie la capacité de créer du lien entre les choses. Et l’humour c’est ça. On prend un sujet par drôle a priori et on fait le lien entre ce sujet pas drôle et le recul qu’on peut en avoir. Il faut être intelligent pour pouvoir le comprendre mais beaucoup de gens sont intelligents. L’humour consiste aussi à pouvoir observer la société et à établir les liens entre plusieurs choses.

LLA : Quelles ont été les grandes difficultés rencontrées sur ton parcours ?

K : Les grandes difficultés, c’est de se trouver soi-même et de devenir soi-même dans l’humour. Au départ, on est influencé par plein d’humoristes et d’autres artistes. On ne plagie pas mais on prend les mimiques de l’un, le ton d’un autre et on se dit : « Ça va me faire moi ». Mais non évidemment. Et le cheminement est long pour arriver a découvrir que ce qu’il fallait, c’était d’être finalement le plus proche de soi.

Si on copie un autre, ça n’a pas d’intérêt puisque le public à déjà apprécié l’autre. Et surtout il l’a apprécié pour ses particularités justement. En fait quand on n’est pas original, ça se sent très vite. Ou alors on n’a pas la maturité de parler d’un sujet qu’on ne maîtrise pas. Et alors on se prend des bides. Mais c’est important les bides. Quel humoriste ne s’est pas pris des bides ? Il faut les vivre pour apprendre, passer outre et évoluer. J’ai connu des moments comme cela ou bien je me suis retrouvé a jouer dans des lieux qui n’étaient pas du tout faits pour ça. En plus du fait que les gens n’étaient pas venus pour ça.

Les conditions de représentations sont importantes. Il y en a trois fondamentales. Il faut un mec qui a la compétence de faire rire, un public réceptif qui est venu pour rire et il faut que le lieu soit approprié pour mettre en relation les deux précédents. Si le mec ne fait pas rire, ça ne va pas, si le public n’est pas venu pour ça, ça ne va pas, et si on joue dans un restaurant pendant que les gens mangent, ça ne va pas du tout. Et donc moi j’ai eu les trois (rires).

Imitation de Gérard Depardieu par Kody à l’émission du Grand Cactus. 

LLA : Pour ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu me parler de ton univers humoristique ?

K : C’est super large parce que j’aime la diversité. J’aime les différentes opportunités que m’offre ce métier. Sur scène, c’est un spectacle qui me ressemble puisque je l’ai écrit, et que je suis aidé par des amis comme James Deano par exemple. Ce que j’aime sur scène c’est que je peux aborder des thèmes que j’aime particulièrement comme le racisme, la belgitude, évoquer des choses personnelles comme mon adolescence avec un père ambassadeur, etc. Et donc ça me plaît car c’est un univers dans lequel je peux traiter des choses graves avec du recul. Les gens prennent le temps d’apprendre à me connaître. Je peux aussi traiter des choses légères en contrepartie de choses plus lourdes traitées juste avant. J’ai toujours aimé le « Rat Pack », cette bande d’humoristes aux États-Unis dans les années 60 avec Sammy Davis Jr., Dean Martin, Franck Sinatra,etc. J’aimais bien cette espèce de nonchalance et d’élégance mélangée à de l’impertinence. Des mecs en smoking avec un scotch qui pouvaient balancer des horreurs. Le 5ème degré, j’adore ça.

LLA : Justement j’allais te le demander, quelles sont les personnes qui t’ont influencé ?

K : Les personnes qui ont influencé mon humour c’est déjà la famille bien sûr (Rires) ! La famille est toujours une grande source d’inspiration. Les oncles, les tantes, les parents. Ils ont toujours regardé les comédies avec Louis de Funès par exemple. J’avais un oncle qui connaissait toutes les répliques par cœur. Et a chaque fois, il nous faisait pleurer de rire. On a vraiment été baignés dans cela. Après, j’ai découvert dans les cassettes de mon père : Bigart, Coluche et Bedos. Et puis un jour j’ai trouvé un cassette en anglais de Eddy Murphy, son premier one man show, il avait 18 ans. Et ça a été une claque. Lui même a été inspiré par Richard Prior qui a vraiment réinventé ou inventé le stand-up moderne. Qui a ensuite influencé tout le monde jusqu’à Jamel.

Et Gad Elmalet. Quand je regarde le spectacle « L’autre c’est moi » mais alors là je me marre ! Je le connais par cœur tellement je le regarde. Et là, pour la première fois, mon rêve de devenir acteur s’est élargi et je me suis dit que j’aimerais bien faire les deux en fait !

Kody avec Jérôme de Warzée, l’animateur et présentateur de la célèbre émission bihebdomadaire de la RTBf « Le Grand Cactus ».

LLA : Du coup ton envie d’être acteur est restée présente ?

K : Ah oui plus que présente. C’est un tout autre métier cela dit. J’ai eu l’occasion de faire plusieurs courts-métrages, et quatre long métrages dont un avec Jaco Van Dormael dont je parle d’ailleurs dans mon futur spectacle. Et c’est une autre approche. C’est génial ! J’ai beaucoup aimé et j’ai envie de continuer à en faire. J’ai des propositions qui arrivent et je suis moi-même en train d’écrire un texte. Ça m’a toujours tellement fasciné que je n’ai pas envie de lâcher ça. Si je pouvais être plus présent dans le monde du cinéma, je diviserais clairement mon temps entre le cinéma et la scène. Plus que la radio et plus que la télé.

LLA : Tu as un humour assez critique par rapport aux politiques européennes. En tant que fils de diplômate, es-tu du même avis concernant les politiques d’Afrique Centrale ?

K : Moi je m’adresse surtout aux gens qui me regardent. Et si je suis en Belgique, et bien je passe à la télé et la radio belge donc, a priori, je parle à une audience qui est belge. Mais j’ai le même regard par rapport aux politiques africaines. J’ai le même regard critique. Quand je suis au Congo, il m’est déjà arrivé de faire des spectacles car je suis parrain d’un festival à Kinshasa, un festival d’humour qui s’appelle « Toceka » qui veut dire « Rions » en Lingala. On est quand même plus nuancés parce que sinon la sanction peut être différente (rires). On peut se retrouver vraiment mal en point. Mais j’ai été agréablement accueilli par l’ensemble des humoristes qui sont assez virulents. Avec subtilité envers la politique par rapport au Congo mais il y avait également d’autres humoristes de pays africains et qui ont critiqué aussi leur pays. Et c’est bien ! Il y a une liberté de ton. Tout le monde comprend à qui ils font allusion même si ils utilisent des métaphores. Personne n’est dupe. C’est utile. On ne sert pas à grand-chose en tant qu’humoriste mais on sert un petit peu à ça. A dire : « On a bien compris. On ne va peut-être rien changer mais on a bien compris votre manège et partageons-le ensemble ». Ça peut nous faire réfléchir. On n’a pas de responsabilité sur les gens, ni la population. Notre responsabilité c’est dans les thèmes qu’on aborde, c’est celle d’être sincères et de contribuer à la réflexion.

LLA : As- tu des demandes de représentations en Afrique ?

K : Oui. Je vais jouer au Congo régulièrement. On m’a fait des demandes aussi pour d’autres festivals au Congo Brazzaville par exemple, mais aussi en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’y aller. Et donc voila j’ai été sollicité par ci, par là. Donc tout cela est en cours.

Imitation de Céline Dion par Kody à l’émission du Grand Cactus. 

LLA : Ton dernier spectacle « A vendre » remonte à 2014. On se demande tous évidemment, à quand le prochain ?

K : Je n’en crée pas de nouveau pour l’instant, mais je commence a avoir envie d’en faire un. Donc voila l’idée mûrit doucement. Je suis en train de mettre des choses en place. J’ai une petite idée mais je dois encore la développer. En revanche l’année prochaine, je fêterai mes dix ans de scène. Donc pour la saison prochaine j’ai envie de faire un gros spectacle qui mélangera les extraits du premier/deuxième, un best-off avec des choses inédites et l’incarnation de personnages.

LLA : Quels sont tes projets pour 2018 ?

K : Cet anniversaire pour novembre prochain. Et cela pourrait être justement la fin d’un chapitre et le début d’un autre avec un nouveau spectacle que je suis doucement en train de construire. Et sinon pour l’instant je continue au Grand Cactus, des rôles au cinéma, la radio avec les enfants de chœur sur Vivacité ou, a midi, dans la récré du midi, et écrire un film. Ça fait déjà pas mal de boulot !

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