Afrique du Sud: Le sucesseur de Zuma se fait attendre

Afrique du Sud: Le sucesseur de Zuma se fait attendre

Par Patricia Huon, correspondante en Afrique du Sud

Le verdict était attendu ce week-end. Mais la conférence élective du Congrès national africain (ANC), qui s’est ouverte samedi à Johannesburg, accumule les retards.

Dimanche soir, le vote pour élire le nouveau président du parti, qui succédera à Jacob Zuma, était seulement sur le point de commencer. En cause, de longues discussions sur la légitimité de certains délégués, parmi les plus de 5000 membres du parti au pouvoir qui devaient voter lors de ce scrutin interne. C’est une étape incontournable dans le processus : les différentes branches locales de l’ANC doivent faire valider les délégués qu’elles présentent à cette conférence, sous peine de voir celle-ci être contestée par la suite. Plus la course est serrée entre les candidats, plus les arguments de contestation se multiplient, puisque chaque camp tente de s’assurer un maximum de soutiens, et d’invalider les votants qui lui sont hostiles.

Finalement, l’annonce a été faite dimanche vers midi, et un peu plus de 400 délégués ont été écartés. Difficile de savoir pour qui penchaient ces branches mais, selon plusieurs observateurs, la plupart des votants disqualifiés proviennent de région supposées favorables à Nkosazana Dlamini Zuma.

Deux candidats sont en lice, deux figures historiques de l’ANC : Cyril Ramaphosa, vice-président, ancien syndicaliste reconverti en homme d’affaires richissime, et Nkosazana Dlamini Zuma, ancienne présidente de la commission de l’Union africaine, et ex-épouse de Jacob Zuma.

Unité de façade

La fracture entre les supporters des deux camps est profonde. Mais l’ANC tente de maintenir une unité de façade, surtout devant les camera. Au centre de conférence où a lieu la grand-messe du parti, les journalistes sont confinés derrière des barrières, comme s’ils étaient atteints d’une maladie contagieuse qu’ils pourraient transmettre aux délégués.

Outre la lenteur des procédures, on retiendra de ce week-end, le dernier discours de Jacob Zuma en tant que chef du parti. Le président à déploré le déclin de l’ANC et les divisions qui rongent le parti. Il a blâmé beaucoup de monde : la justice qui sape l’autorité de l’ANC, les ONG et les médias, contrôlés par des forces hostiles, les milieux d’affaires… Il a aussi tiré en direction de son propre camp, épinglant les vétérans du parti, les syndicats et le parti communiste -alliés de l’ANC dans l’alliance tripartite-, qui avaient réclamé sa démission. Sans réelle surprise, Jacob Zuma a tiré sa révérence sans prendre aucune responsabilité pour l’état dans lequel il laisse son parti, et l’Afrique du Sud.

Le vote pour sa succession devait commencer dimanche dans la nuit. Outre les voix des délégués, celles des hauts cadres de l’ANC vont peser lourd dans la balance, tout comme celles des vétérans, de la Ligue des femmes et de la Ligue des jeunes de l’ANC. Samedi soir, la présidente de l’Assemblée nationale a annoncé, un peu par surprise, son soutien officiel au vice-président, Cyril Ramaphosa. Celui-ci semble avoir pris l’ascendant. Mais de nombreuses incertitudes demeurent. Le vote se déroule à bulletin secret, et le résultat pourrait être très serré. Le vainqueur devrait être annoncé ce lundi. Il ou elle sera le candidat de l’ANC pour l’élection nationale de 2019. Et aura la lourde tâche de restaurer, d’ici là, la confiance des électeurs pour le parti de la lutte anti-apartheid.

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