RDC : « Les femmes violées sont des victimes à vie »

RDC : « Les femmes violées sont des victimes à vie »

Par Hubert Leclercq

L’avocate belge Michèle Hirsch, tout en saluant le verdict du procès de Kavumu, Sud-Kivu, plaide pour que la RDC, et plus généralement la communauté internationale, se mobilise pour créer des fonds d’indemnisation pour accompagner toutes les victimes de viol.

« J’exhorte les autorités congolaises à poursuivre leurs efforts afin que tous les auteurs de violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire et d’autres crimes graves soient traduits devant les juridictions compétentes, indépendamment de leur statut », a lancé ce week-end Maman Sidikou, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC . Un appel largement partagé par tous les acteurs et observateurs des exactions commises en RDC et particuièrement des viols, utilisées comme arme de guerre.

Pour rappel, la cour militaire du Sud-Kivu a condamné à perpétuité, mercredi 13 décembre, Frédéric Batumike, député provincial et chef milicien pour « crimes contre l’humanité par viol ». Arrêté le 21 juin 2016 par la justice militaire, Batumike a été inculpé pour avoir entretenu une milice qui avait attaqué des positions des FARDC et avait violé au moins 46 victimes entre 2013 et 2016, des fillettes de moins de 10 ans.

« Il ne faut pas sous-estimer qu’un appel est toujours possible », prévient Maître Hirsch, l’avocate bruxellesoise a porté plusieurs dossiers de crime de guerre et de crimes contre l’humanité dans le cadre du génocide rwandais de 1994 et elle a apporté son soutien à l’équipe d’avocats qui est intervenue à Kavumu. « Mais il faut saluer la décision des juges congolais. Il ne faut pas oublier qu’avant que ce procès aboutisse à des condamnations, il y a eu un nombre très élevé de plaintes déposées par des femmes violées qui n’ont pas abouti parce que ces femmes ont été déboutées. »

Michèle Hirsch insiste sur la force de ces femmes qui ont eu le courage d’aller jusqu’au bout de la procédure. « Elles ont osé témoigner, ce qui est très difficile. Le dire, c’est revivre la violence. Beaucoup de témoignages ont été filmés. C’est une première en RDC. Ces témoignages ont parfois été récoltés des mois, voire des années après les faits. Nous soutenons, avec l’ONG Trial, qui a fait un travail remarquable, cette technique d’enregistrements vidéo des témoignages des victimes », poursuit Michèle Hirsch qui rappelle, au passage, que « c’est le docteur Mukwege qui est à la base des premières plaintes. C’est lui qui accueillaient ces femmes et ces jeunes filles qui avaient été atrocement mutilées.

Mais si elle applaudit cette décision judiciaire qui est une première en RDC, Michèle Hirsch interroge : « Les personnes violées ont reçu 5.000 dollars de dédommagement… et après ? C’est très bien de lutter contre l’impunité, c’est même indispensable. Il faudrait que chaque femme, chaque enfant violé, puisse témoigner de l’horreur qu’elles ont vécu, il faut que les auteurs soient systématiquement poursuivis et condamnés, mais il faut aussi, c’est essentiel, prendre en compte la situation personnelle des victimes. La réparation, c’est plus que de l’argent. Il faut que la RDC constitue un fonds pour les victimes. Cela n’existe pas au Congo et cela n’existe pas au niveau mondial. »

Des victimes à vie

« Dans le cas de Kavumu, mais il est malheureusement loin d’être une exception, ce sont des fillettes, de vraies enfants qui ont été violées, torturées. Ce qu’elles ont vécu va les poursuivre toute leur vie. Ces enfants vont grandir et elles auront besoin toute leur vie d’un accompagnement physiques et psychique. Leurs familles aussi. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Quelles femmes vont-elles être ? »

La création des fonds pour accompagner ces victimes est une évidence pour l’avocate. « Cela fait partie des obligations d’un Etat. Ce type de fonds d’indemnisation existent en Europe. Vous ne me ferez pas croire que l’Etat congolais n’a pas les moyens d’en constituer un en RDC où les drames comme ceux qui ont été jugés à Kavumu sont légion. Ici, on parle de crime contre l’humanité et la lutte contre ce type de crime implique la prise en charge de toute la problématique. Il faut qu’il y ait une réflexion sur le mode de reconstruction de ces filles et de ces femmes. Or, aujourd’hui, cette réflexion n’existe pas, ces personnes sont des victimes à vie, avec tout ce que cela induit de rejet. »

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