L’ANC se prépare à élire le successeur de Jacob Zuma

L’ANC se prépare à élire le successeur de Jacob Zuma

Par Patricia Huon, Correspondante à Johannesbourg

La conférence du Congrès national africain (ANC), débute aujourd’hui à Johannesburg. Le parti, au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994, se réunit pour élire son nouveau président, qui succédera à Jacob Zuma. Ce dernier ne peut pas se présenter pour un troisième mandat.

Mais la passation de pouvoir ne se fera pas sans vagues. Le chef de l’Etat et actuel leader de l’ANC, englué dans de multiples scandales et procédures judicaires, est de plus en plus contesté, y compris par ses anciens alliés. Jacob Zuma, qui a échappé à plusieurs votes de défiance au Parlement, sait qu’il joue son avenir politique lors de cette conférence. En cas de victoire de ses opposants, il pourrait être forcé de démissionner, comme l’avait été l’ancien président Thabo Mbeki, écarté par son parti 7 mois avant la fin de son mandat.

Comment le vote va-t-il se dérouler ? Le système est complexe. Ces derniers mois, les milliers de branches locales de l’ANC, à travers le pays, se sont réunies pour choisir leurs candidats préférés aux différents postes. Plus de 5.000 délégués sont actuellement réunis à Johannesburg et vont voter pour élire non seulement le président du parti, mais aussi toute l’équipe dirigeante, qui va être renouvelée.

L’enjeu est de taille. Celui qui sera élu à la tête de l’ANC sera son candidat pour l’élection présidentielle de 2019 et, très probablement, le prochain chef de l’Etat, alors que le parti hégémonique a remporté tous les scrutins nationaux depuis la fin de l’apartheid. Mais cette conférence, qui a lieu tous les 5 ans, se tient dans une ambiance très tendue. Et c’est aussi l’avenir de l’ANC qui s’y joue. Entaché par de nombreuses affaires de corruption, incapable de relancer l’économie du pays et de tenir ses promesses de création d’emploi, le parti de Nelson Mandela ne jouit plus de son aura passée. Lors des élections municipales d’août 2016, il a essuyé un revers, et l’opposition a pris le contrôle de la plupart des grandes villes du pays. L’élection d’un nouveau leader pourrait permettre à l’ANC de prendre un nouveau départ. Les deux candidats qui ont des chances de l’emporter sont Cyril Ramaphosa (65 ans), l’actuel vice-président, et Nkosazana Dlamini-Zuma (68 ans), ancienne présidente de l’Union africaine, et ex-femme de Jacob Zuma.

Alors que Nkosazana Dlamini Zuma est perçue comme la candidate qui protégerait les intérêt de son ex-époux, les opposants à Jacob Zuma se sont ralliés derrière Cyril Ramaphosa et pensent qu’il pourrait incarner un changement. Sous l’apartheid, il s’est fait un nom dans le mouvement syndical. Il fut aussi celui que Nelson Mandela aurait aimé voir lui succéder (Voir photo), bien que ce rôle ait finalement été confié à Thabo Mbeki. Suite à cela, Cyril Ramaphosa s’est lancé dans les affaires et est aujourd’hui l’un des hommes les plus riches d’Afrique du Sud. Si le fait qu’il ait profité de ses connexions politiques pour prospérer n’est pas un secret, il n’a cependant jamais été épinglé pour corruption. Sa victoire rassurerait les investisseurs et les marchés, qui guettent l’issue de cette conférence avec appréhension.

Pour l’instant, Cyril Ramaphosa a l’avantage, avec environ 1.800 votes parmi les branches locales de l’ANC, contre 1.300 pour sa rivale. Mais la partie est loin d’être jouée, et de nombreuses incertitudes demeurent. Outre les deux favoris, d’autres personnes pourraient faire acte de candidature. Et le scrutin se tient à bulletin secret. L’achat de votes et la promesse de positions au sein du parti pourraient pousser certains délégués à ne pas suivre les recommandations de la branche à laquelle ils appartiennent. Les résultats pourraient être très serrés, avec un risque non négligeable que les divisions croissantes au sein de l’ANC poussent le parti à l’implosion.

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