Burundi: échec de la session de dialogue de sortie de crise

Burundi: échec de la session de  dialogue de sortie de crise

Par Marie-France Cros.

C’est dans la confusion que s’est achevée, sans accord ni déclaration, vendredi à Arusha (Tanzanie), la nouvelle session à huis clos du dialogue « inter-burundais » de sortie de crise. Celle-ci dure depuis avril 2015, quand le président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, a annoncé son intention de briguer un troisième mandat, expressément interdit par l’Accord de paix d’Arusha qui a mis fin à la guerre civile. La répression des protestations par le régime a poussé la Cour pénale internationale à autoriser l’ouverture d’une enquête sur le Burundi pour crimes contre l’humanité.

Le médiateur aussi veut s’incruster

L’East African Community, dont le Burundi est membre, a désigné un médiateur pour la crise burundaise (1200 morts au moins; 400.000 réfugiés) en la personne du président ougandais Yoweri Museveni, et un facilitateur, l’ex-président tanzanien Benjamin Mkapa.

A vrai dire, le « dialogue » inter-burundais est encore dans les limbes en raison du refus du président Nkurunziza de s’asseoir à la même table qu’une grande partie de son opposition en exil. Faut-il s’en étonner alors que le médiateur Museveni cherche lui-même à s’incruster au pouvoir, qu’il occupe depuis 31 ans?

La session qui s’est ouverte le 28 novembre était supposée aboutir à un « engagement à mettre fin à toutes les formes de violence » et à la mise en place d’un « gouvernement d’union nationale ». Le gouvernement Nkurunziza n’y a toutefois envoyé que le « numéro deux » du ministère de l’Intérieur pour conduire sa délégation. Et le facilitateur Mkapa a dû constater, vendredi, onze jours après l’ouverture des travaux, qu’il n’y aurait « ni accord, ni déclaration », en raison des positions « diamétralement opposées des parties ».

Vacarme et confusion

Bujumbura souhaite voir ce dialogue se dérouler à Bujumbura – ce que refuse l’opposition en exil pour des raisons sécuritaires, de nombreux opposants ayant été assassinés depuis avril 2015. Un opposant non exilé, Léonce Ngendakumana, vice-président du Frodebu, qui a, lui, pu participer à cette session, a commenté vendredi pour l’AFP la clôture des travaux: « En constatant qu’ils ne pouvaient plus contrôler le déroulement de ces négociations (les représentants du gouvernement burundais) ont décidé de créer le vacarme dans la salle » et le tout s’est terminé dans la « confusion ». Une « honte » pour le Burundi, selon M. Ngendakumana.

Les points de divergence portent sur « l’ouverture de l’espace politique; l’identification des prisonniers politiques; le droit souverain de modifier la Constitution ». Le président Nkurunziza veut en effet amender la loi fondamentale afin qu’elle n’apparaisse plus comme l’émanation de l’Accord de paix d’Arusha et l’autorise à briguer de nouveaux mandats.

Que pensez-vous de cet article?