Procès de Kavumu : des violeurs de jeunes enfants devant leurs juges

Procès de Kavumu : des violeurs de jeunes enfants devant leurs juges

Par Esther Nsapu, correspondante dans l’est du Congo

Le procès de Kavumu en République démocratique du Congo a repris ce jeudi après près de deux semaines de suspension.

Au total dix-huit miliciens et un député provincial sont poursuivis pour les viols de 46 fillettes entre 2013 et 2016. Interrompu depuis le 23 novembre dernier, parce que les conseillers du député Frédéric Batumike avaient déposé une requête pour récuser deux juges de la cour militaire du Sud-Kivu entre autres le 1er président de la cour et son conseiller au motif qu’ils seraient au service de certaines ONG. Curieusement, cette requête a été rejetée et jugée non recevable par la haute cour de Kinshasa.

Kavumu, est une cité située à une quarantaine de kilomètre de la ville de Bukavu, province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo.

Contacté Charles Cishura Cubaka, avocat de la partie civile, se réjouit de la reprise de l’audience. Selon lui, « le prévenu manœuvre pour échapper à une condamnation certaine du fait des preuves matériels, physiques et des témoignages l’incriminant ».

La composition de la cour ayant été reconduite ce jeudi, plusieurs témoins seront devant la barre et notamment certains informateurs de la partie civile.

Des fillettes de 1 à 12 ans

Dans le territoire de Kabare ainsi que dans toute la province du Sud-Kivu, les viols ainsi que les violences sexuelles liés aux conflits sont récurrents. Cependant, la petite cité commerciale de Kavumu, située à une quarantaine de kilomètre de la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu a été le théâtre d’horribles violations des droits de l’homme entre janvier 2013 et juin 2016. En effet, 46 fillettes de 1 à 12 ans ont été enlevées, violées puis abandonnées dans la nature.

Débuté le 9 novembre 2017 à Kavumu à l’initiative du ministère public, le procès des présumés coupables se poursuit. A la barre sont appelés à répondre de leurs actes un député provincial élu de Kabare, le député Frédéric Batumike ainsi que 17 de ses coprévenus. Ces derniers doivent répondre de quatre chefs d’accusation : meurtre, participation à un mouvement insurrectionnel, crime contre l’humanité par viol et détention illégale d’armes et munitions de guerre.

Très attendu par les populations locales et environnantes, le procès est très suivi partout dans la province du Sud-Kivu. En effet, le député Batumike aurait été à la tête d’une milice dénommée « Jeshi la Yesu », « l’armée de Jésus » en français. Cette milice armée croyait qu’en ayant des rapports sexuels avec des enfants, ses membres deviendraient invulnérables aux balles réelles.

Selon l’organisation TRIAL International, le même mode opératoire a été constaté dans tous les cas : après avoir été enlevée par un ou plusieurs hommes, la victime était violée, puis son sang hyménal était prélevé – parfois à l’aide d’un objet tranchant – avant que la fillette soit abandonnée. La plupart de ces filles souffrent toujours de dommages permanents et sont toujours traumatisées.

Initialement, ces attaques ont été considérées comme des évènements isolés et traitées ainsi par les autorités judiciaires locales.

Psychologiquement ébranlées, les victimes et leurs familles ont tout de même confié l’enquête au procureur local.

Mis à part la réparation des victimes, Maître Cishura Cubaka Charles, avocat de la partie civile, souhaite la condamnation du député Batumike et de ses 17 coprévenus pour essayer d’atténuer la douleur des victimes. Ce serait également un signe fort pour dire que les violences sexuelles et le viol n’ont pas leur place en République Démocratique du Congo.

Interrompu pendant deux semaines, la chambre foraine devra être prolongé encore d’une autre semaine.

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