Esclavage et hypocrisie

Esclavage et hypocrisie

Commentaire par

Marie-France Cros

A ceux qui en doutaient, le récent scandale  international provoqué par la diffusion d’images vidéo d’une vente de migrants subsahariens comme esclaves, par des Libyens,  montre avec force à quel point nous vivons une civilisation de l’image.

Car cette vidéo a soulevé une indignation mondiale, alors que voilà des années que des associations dénoncent la perpétuation de l’esclavage héréditaire en Mauritanie, pays qui en compte le plus au monde mais qui n’est pas le seul à perpétuer impunément ce crime puisque des propriétaires possèdent, vendent et maltraitent des êtres humains en Afrique du Nord, dans le Golfe et au Moyen-Orient.

Ayant aboli… trois fois l’esclavage, depuis 1981, la Mauritanie a introduit récemment la punition de ce crime dans son code pénal mais ne l’applique pas, ni ne poursuit les associations qui en font la promotion au nom de la religion – tandis qu’elle poursuit de son bras répressif les militants anti-esclavagistes. Elle a aussi dissout un parti anti-esclavagiste, Action pour le Changement, en 2002, pour “racisme” (les esclaves sont noirs et les propiétaires essentiellement arabo-berbères) et elle refuse de reconnaître le mouvement anti-esclavagiste Initiative pour la résurgence de l’abolitionnisme (IRA, créé en 2008) puis en tire prétexte pour poursuivre ses militants en justice.

Voila des années que les envoyés spéciaux de l’Onu dénoncent la perpétuation de l’esclavage dans ce pays. Des années qu’aucun Etat ne fait quoi que ce soit pour mettre fin à ce crime public et que l’Onu se contente d’octroyer son Prix des Droits de l’homme au président de l’IRA, Biram Dah Abeid.

“Couvrez ce sein que je ne saurais voir”, disait Tartuffe, l’hypocrite dévot de Molière. A son image, la communauté internationale ne voit le crime d’esclavage que lorsqu’on le lui met dans son téléphone portable et sur ses écrans TV.

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