RDC : La révolution du foot

RDC : La révolution du foot

Le football, sport roi, est au centre de toutes les attentions partout dans le monde et encore un peu plus en République démocratique du Congo.

Ici, tout a commencé en décembre 2014. Le 23 décembre. Ce jour-là, le gouverneur de la province du Katanga rentre au pays après un long séjour à l’étranger. A Lubumbashi, la foule des grands jours s’est réunie pour célébrer ce retour. Un cortège populaire et bigarré raccompagne le « gouv » vers ses bureaux. Au centre-ville, après quelques longs kilomètres de route depuis l’aéroport, le cortège s’arrête. Moïse Katumbi sort de son véhicule et monte sur l’estrade qui l’attend. En quelques mots, dans une allusion à un troisième penalty qu’l n’acceptera pas, le gouverneur du Katanga entre en dissidence frontale avec le pouvoir du président Joseph Kabila.

« Ce jour-là, Moïse Katumbi sait qu’il ferme une porte qui ne s’ouvrira plus jamais, expliquait en décembre 2017, un proche de l’ex-gouverneur. « Il vient de dire à Joseph Kabila qu’il n’acceptera pas qu’il se représente pour un troisième mandat. Sans parler de politique. Sans citer de nom, il vient de déterrer la hache de guerre », poursuivait notre homme.

En face, dans le camp présdentiel, on encaisse difficilement cette offensive mais on refuse, dans un premier temps, de croire que c’est définitif. « A la mi-temps, ils (Kabila et Katumbi) se retrouveront dans un business seat et ils recolleront les morceaux« , expliquait un ministre kasaïen, très porche de Kabila. « Certain que les deux hommes vont se réconcilier. Katumbi n’a rien à gagner à se lancer dans un match très long contre Kabila et toute son équipe« .

Irréconciliables

Depuis, les deux hommes se sont revus à deux reprises; guère plus. Mais la mi-temps n’a jamais été sifflé.  « Ce sont devenus les pires ennemis. C’est comme dans un derby. Les adversaires se connaissent trop bien et ils ne se font aucun cadeau », explique un diplomate congolais qui explique, sous cap, être « un grand supporter du TP Mazembe Englebert, depuis de longues années. Mais aujourd’hui, il est préférable de ne pas afficher ces couleurs quand on se rend en audience au palais ou à la ferme de Kingakati ».

Depuis cette sortie sur le « 3e penalty », les joueurs du Tout-Puissant réussissent chaque année à se mettre en évidence en fin d’année, comme pour rappeler aux bons souvenirs de tous, la sortie de leur président. Fin 2015, ils ont remporté la coupe des Clubs champions avant de ramener deux coupes de la Confédération africaine de football, un exploit que seuls les Tunisiens de Sfax avaient réussi il y a une bonne dizaine d’années.

A chaque fois, les joueurs et le trophée sont de vrais casse-tête pour le pouvoir en place à Kinshasa. Impossible de les snober, de les ignorer mais impossible de leur dérouler le tapis rouge, car derrière les Corbeaux de Lubumbashi se dessine l’ombre de Moïse Katumbi, et plus les années passent, plus les retours sont compliqués, plus la mauvaise humeur du pouvoir est palpable et plus, les supporters du TP Mazembe font entendre leur colère face au pouvoir de Joseph Kabila, président hors-mandat.

Cette cuvée 2017 n’a pas dérogé à la règle. Les autorités ont tout fait pour éviter que les joueurs aient droit à leur bain de foule et ramènent sur le devant de la scène l’image de Moïse Katumbi. Comme dans un jeu d’échecs, les deux camps se sont affrontés ce début de semaine. Le retour, en bus depuis la frontière zambienne, après les « retards » étonnants de l’avion de ligne devant ramener les joueurs, est un coup de com’ magistral.

Quant aux chants anti-Kabila et pro-Moïse Katumbi pour le tour du stade des joueurs et de leur coupe, le refrain est désormais connu mais « on ne s’habitue jamais à entendre une foule crier ainsi son désir de changement. La majorité est mal à l’aise face à ces chants et aux messages qu’ils portent », conclut un journaliste lushois.

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