RDC: Kabila snobbe la SADC  

RDC: Kabila snobbe la SADC  

Le Gouvernement congolais a refusé de recevoir l’envoyé spécial de la SADC (communauté d’Afrique australe, dont la République démocratique du Congo est membre), l’ex-président de la Namibie, Hifikepunye Pohamba, chargé de discussions en vue de ramener la paix dans l’ancienne colonie belge en crise. Or plusieurs pays membres de l’organisation régionale sont préoccupés par la crise croissante provoquée en RDC par la non organisation des élections.
 

L’ex-président Pohamba, qui préside par ailleurs le Comité des Sages de l’Union africaine, avait été nommé en août dernier envoyé spécial de la SADC pour la RDC, en raison de l’accroissement des tensions dans l’ex-Zaïre, dues à la réticence des autorités à organiser les élections qu’elles craignent de ne pas gagner. Selon le bureau de M. Pohamba, « le président Kabila et le ministre (NDLR: congolais) des Affaires étrangères n’ont pas répondu » à une lettre que la SADC leur avait adressée pour leur annoncer l’arrivée de son envoyé spécial « pour des discussions inaugurales le jeudi 16 novembre ». « Sans réponse, l’envoyé spécial n’a pas pu exécuter sa mission », a indiqué le bureau de M. Pohamba, qui a confirmé que la mission était annulée et qu’aucune autre date n’avait été prévue, a indiqué le journal namibien The Southern Times.
 
Une fin de non recevoir
 
Notre confrère namibien affirme avoir, de son côté, recueilli des informations selons lesquelles le président hors mandat Joseph « Kabila a écrit à la SADC qu’il ne veut pas des discussions avec Pohamba et a demandé à l’institution de n’envoyer personne dans son pays ». Bref: une fin de non recevoir.
 
Celle-ci ne devrait pas être accueillie favorablement par la SADC. L’Angola, poids lourd militaire de l’Afrique australe, avait déjà montré son mécontentement dès 2016, en appuyant l’idée d’un dialogue entre le pouvoir de Kinshasa et la véritable opposition (après un premier simulacre) puis, en décembre, en retirant ses militaires de RDC, où ils entraînaient les forces armées locales. Et en laissant le gendre de l’ex-président Dos Santos, Sindika Dokolo – d’origine congolaise – intervenir publiquement, à plusieurs reprises, contre la volonté du régime Kabila de se maintenir coûte que coûte. L’Angola est intervenu militairement à plusieurs reprises en RDC depuis l’arrivée au pouvoir des Kabila (1997) pour assurer leur maintien au pouvoir.
 
Agacement angolais
 
Mais Luanda laisse de plus en plus percer son agacement devant l’incapacité de Joseph Kabila à contrôler effectivement son territoire: les soulèvements armés et les jacqueries se sont multipliés depuis deux ans au Congo en raison de la crise économique et du peu de réalisations en faveur du développement à mettre au crédit du régime.
 
Le soulèvement des Kamwina Nsapu dans le Grand Kasaï, à partir de la mi-2016, avait amené un flot de réfugiés en Angola; il a été déclaré terminé par Kinshasa mais des réfugiés blessés continuent de traverser la frontière angolaise. Et les massacres entre pygmées et bantous dans la province du Tanganyika (issue du morcellement de l’ex-Katanga), depuis 2013, en ont déversé plusieurs milliers en Zambie – alors que l’est de la RDC est toujours en proie aux violences de milices et groupes armés politico-mafieux.
 
Alors que Kinshasa laissait passer la date prévue par l’envoyé de la SADC pour entamer des discussions, l’armée zimbabwéenne lançait son coup de force contre Robert Mugabe au Zimbabwe – sans que son proche allié sud-africain Jacob Zuma, ni la SADC fassent des déclarations en faveur du Président renversé. La révolution de palais zimbabwéenne semble avoir hypnotisé le régime de Kinshasa, où nombre de chancelleries ont remarqué que la presse officielle a fait l’impasse sur les événements de Harare bien que la population congolaise en soit informée par les autres médias. Comme un lapin paralysé par des phares.

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