Zimbabwe: la justice endosse la révolution de palais

Zimbabwe: la justice endosse la révolution de palais

La justice zimbabwéenne a estimé « constitutionnel » le coup de force des militaires du 15 novembre, qui a mis fin au règne de Robert Mugabe, 93 ans, renvoyé à la vie civile avec un parachute doré. Ce qui suscite l’inquiétude.

Dans un jugement rendu public samedi par les médias d’Etat au Zimbabwe, une haute cour de Harare a jugé « constitutionnelle » l’intervention des militaires parce qu’elle était destinée « à empêcher les proches (NDLR: lire son épouse, Grace, 52 ans)  de l’ancien président Robert Mugabe d’usurper le pouvoir ». Et la cour d’ajouter que le coup de force des militaires entendait « assurer que des individus non-élus n’exercent pas des pouvoirs qui ne peuvent être exercés que par des élus ».

Les putschs dorénavant justifiés

Cette cour a donc repris la thèse de l’armée, à la consternation des défenseurs d’ l’Etat de droit. De facto en effet, les mahistrats  ont reconnu aux militaires le droit d’intervenir dans les affaires politiques, alors que ce n’est inscrit nulle part dans la Constitution, ni dans les lois zimbabwéennes. Or, dans un pays de droit anglo-saxon, comme l’est le Zimbabwe, la jurisprudence est la base du droit. En validant le coup de force de l’armée, cette cour a donc ouvert la boîte de Pandore dans un pays qui vient de vivre son premier coup d’Etat en 37 ans d’indépendance et reste plongé dans une crise économique qui pourrait susciter d’autres remous.

Par ailleurs, dans un autre jugement, sur lequel on a peu de précisions (pas même la date exacte), des magistrats ont affirmé que le limogeage, le 6 novembre dernier, de celui qui était alors le premier vice-Président du pays, Emmerson Mnangagwa, était illégal. La Libre Afrique.be n’a pu se procurer ce second jugement mais l’article 97 de la Constitution précise que le sénat et l’assemblée nationale devaient confirmer, après enquête, la décision de destitution prise par le président Mugabe – ce qui n’a pas été fait. C’est ce limogeage qui a suscité le coup de force des militaires dont M. Mnangagwa est un proche. https://afrique.lalibre.be/11352/zimbabwe-les-tours-de-magie-du-changement-de-president/

Purge et malaise

Les premiers pas du nouveau président du Zimbabwe, qui a prêté serment vendredi, se font dans une atmosphère de malaise puisque M. Mugabe est supposé avoir démissionné sans qu’on l’ait entendu le faire: seule une lettre qui lui est attribuée semble exister. Le malaise est si palpable que le neveu du président déchu, Leo Mugabe, a fait dimanche une déclaration à l’AFP selon laquelle le nonagénaire »se réjouit de sa nouvelle vie » et « a bien pris les choses ». Selon Leo Mugabe, l’épouse du vieillard, Grace – détestée des Zimbabwéens – est « une personne formidable » qui « veut continuer à superviser la construction de l’université Robert Mugabe, de sorte qu’ils aient quelque chose à faire ». Ce projet, révélé en août dernier par le gouvernement et d’un coût d’un milliard de dollars, avait été mal accueilli par le public dans un pays asphyxié économiquement. https://afrique.lalibre.be/11050/les-trop-grandes-ambitions-de-disgrace-mugabe/

Selon le journal britannique « The Gardian », M. Mugabe aurait reçu l’immunité judiciaire pour lui et sa femme, le droit pour lui et sa famille de garder leurs propriétés, dont une partie a été acquise avec de l’argent public (mais des pillages de propriétés liées aux Mugabe auraient été perpétrés ces derniers jours), la promesse de recevoir 10 millions de dollars (dont la moitié tout de suite et le reste dans les mois à venir) et celle de continuer à toucher son salaire de 150.000 dollars à vie; après son décès, la très dépensière Grace Mugabe en recevra la moitié, selon notre confrère.

Les partisans de Mme Mugabe au sein de l’appareil d’Etat doivent, eux, faire face à une purge: l’ex-ministre des Finances Ignatus Chombo a comparu en justice pour des faits de corruption et abus de pouvoir, ainsi que le chef récemment limogé de la jeunesse du parti des Mugabe, la Zanu-Pf, qui avait publiquement soutenu Mme Mugabe contre M. Mnangagwa; il a déclaré au juge avoir été battu en prison.

Quant à la population, elle retrouve la crise économique, avec des retraits bancaires plafonnés à 10 ou 20 dollars. Depuis 2009, les Zimbabwéens utilisent le dollar américain ou le rand sud-africain, leur monnaie ayant succombé à une inflation de 231 millions de dollars cette année-là.

Par Marie-France Cros

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