Areva au Gabon: une histoire franco-gabonaise

Areva au Gabon: une histoire franco-gabonaise

Depuis son implantation en 1958 au Gabon, le groupe nucléaire français Areva est resté un acteur majeur des liens entre la France et son ancienne colonie, et a continué de susciter fantasmes et controverses après la fermeture de sa mine en 1999.

– Découverte du gisement gabonais en 1956

Dès 1946, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), entité publique française, envoie une mission dans ce qui est à l’époque l’Afrique équatoriale française (AEF). En 1956, la mission découvre un gisement dans le petit village de Mounana, dans le sud-est du Gabon d’aujourd’hui, à plus de 700 kilomètres de Libreville.

La Compagnie des mines d’uranium de Franceville (Comuf) est créée en 1958, aux capitaux de neuf entreprises françaises, et commence l’exploitation en 1961, un an après l’indépendance du Gabon.
En 1962, première année pleine d’exploration, 80.000 tonnes de minerai non traité sont extraites et envoyées vers l’usine de transformation de Gueugnon, en Saône-et-Loire française.

– Apogée dans les années 1970

Omar Bongo Ondimba, arrivé au pouvoir en 1967, a pour ambition de garder la main sur l’uranium extrait à Mounana: en 1974, le Gabon acquière 25,8% du capital de la société, et menace de vendre de l’uranium à d’autres clients que la France (aux Etats-Unis et à l’Iran, notamment).

Une ligne de chemin de fer, le Trans-Gabonais, est par ailleurs inaugurée en 1978 pour du transport de marchandises -uranium et manganèse- depuis Franceville (60km de Mounana) vers Libreville. Jusque là, l’uranium non traité partait vers Pointe-Noire (au Congo voisin), puis en bateau vers la France, sans transiter par la capitale gabonaise.

En 1982, la Comuf accède aux volontés du président gabonais et construit une usine de transformation de l’uranium en concentré (yellowcake, première étape vers la production d’uranium enrichi), tandis que l’entreprise passe sous la coupe de la Cogema (68,4% de participation), créée en 1976 et intégrée au pôle nucléaire française Areva en 2001.

Les cours de l’uranium se dégradant, les effectifs de la Comuf sont drastiquement réduits, passant de 1.451 employés en 1979 à 350 fin 1994. L’arrêt des activités est programmé dès le début des années 1990.

Après plus de 38 ans d’exploitation et 26.000 tonnes d’uranium extraites, le site de Mounana ferme en 1999, en raison de l’épuisement du gisement, selon la Comuf à l’époque, et de la baisse du cours de l’uranium sur les marchés mondiaux.

– L’après mine

Le petit village de Mounana, devenu riche cité minière de 14.000 habitants, connaît chômage et dépérissement, ses habitants se souvenant avec nostalgie de l’époque faste, où l’entreprise allait jusqu’à payer l’eau, l’électricité, les frais de scolarité et les soins médicaux de tous les habitants, employés ou non.

Le groupe nucléaire français n’a pas pour autant quitté le Gabon en 1999: la Comuf reste active, et d’importants travaux de réaménagement du site sont lancés -démantèlement des installations d’extraction et de traitement des minerais, réaménagement des sites de dépôt des rejets.

En 2006, l’Etat gabonais autorise Areva à reprendre la prospection.

Une nouvelle entité, « Areva au Gabon » a été créée en 2009, dont l’objectif était de reprendre l’exploration minière sur plusieurs sites: l’ancienne concession de la Comuf à Mounana, et trois autres permis d’exploration au Gabon de 2.000 km2 chacun.

Selon la Comuf interrogée par l’AFP, l’exploration sur ces trois terrains a été abandonnée car jugée « non intéressante d’un point de vue du potentiel métallurgique ». L’exploration s’est « concentrée » sur la concession à Mounana, avant d’être suspendue en 2017.

L’entreprise « Areva Gabon » a été fermée, mais la Comuf reste présente au Gabon et propriétaire de la concession de Mounana.

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