Peter Luykx, député N-VA, « Kabila est un président ad interim »

Peter Luykx, député N-VA, « Kabila est un président ad interim »

La N-VA, premier parti de Belgique, membre du gouvernement fédéral, a tenu à apporter son soutien, ce mardi 21 novembre, à la note de politique générale du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. Peter Luykx, député fédéral N-VA, a tenu à souligner la position du chef de la diplomatie belge à l’égard de la situation qui prévaut en République démocratique du Congo, tout en le mettant en garde, dans le climat actuel, sur la portée de son voyage, en début de semaine prochaine, à Kinshasa, pour l’inauguration de la nouvelle ambassade belge en RDC.

“Après des mois d’attente, un calendrier électoral a enfin été publié. Toutefois, cela ne signifie pas une normalisation automatique du processus démocratique dans ce pays », explique M. Luykx dans un texte transmis à La Libre Afrique par M. Laurent Mutambayi, membre de la N-VA et ancien candidat de ce parti aux élections européennes de 2014. « Il y a en revanche des raisons de s’inquiéter,” poursuit Peter Luykx.

Report ou abandon ?

Dans son texte, M. Luykx brosse un tableau sans complaisance mais réaliste de la situation actuelle en RDC. « Le président Kabila règne depuis presqu’un an sans mandat. En vertu de la Constitution, le peuple congolais aurait dû élire le successeur de M. Kabila fin 2016. Ces élections ont été rendues impossibles par le régime congolais. Pour désamorcer la crise politique, la majorité et l’opposition se sont entendu pour une période transitoire d’une année, avec un présdent Kabila demeurant en place sous des conditions strictes. M. Kabila a complètement foulé aux pieds cet accord et les arrangements sont restés lettre morte. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a enfin fixé une date pour les élections présidentielles, parlementaires et provinciales : 23 décembre 2018. Le peuple congolais n’a pas accueilli avec joie ce calendrier. »

Et M. Luykx de poser les questions qui fâchent : « Pourquoi les élections ont-elles été repoussées d’une année ? Quelles sont les garanties données au peuple congolais que Joseph Kabila va effectivement quitter le pouvoir en décembre 2018 ? Dans sa note de politique générale le ministre Reynders plaide pour un calendrier électoral réaliste et consensuel, sans retards inutiles ».

Or, insiste M. Luykx, « ce calendrier électoral n’est ni consensuel ni sans retards inutiles ». Et de rappeler que les principaux partis d’opposition ont rejeté ce calendrier ou que le vice-président de la CENI a été aperçu à une rencontre politique entre M. Kabila et sa Majorité présidentielle (MP). Une présence qui pose question et qui « met en cause l’indépendance de la CENI et la crédibilité du processus électoral ».

Besoin de signaux clairs

Et le représentant de la N-VA, premier parti politique belge à s’exprimer aussi clairement sur ce dossier congolais, de demander « des signaux clairs en vue de rétablir la confiance dans le processus électoral, avec un planning détaillé et une volonté politique crédible du gouvernement congolais d’organiser des élections fiables ».

La voie de la confrontation

Le député fédéral met en garde contre la lassitude du peuple congolais face à la confiscation du pouvoir par Joseph Kabila. Une situation qui fait naître un « climat de malaise croissant et augmente chaque jour le risque de manifestations violentes »,explique M. Luykx qui insiste sur le fait que les voix critiques seront violemment muselées. Et de mettre en garde: « dans ce cheminement vers les élections, la voie de la confrontation semble inévitable ».

Le regime de l’impunité

A côté de l’impasse politique, le député fédéral N-VA insiste encore : « le Congo est toujours le théâtre d’une situation déplorable des droits de l’homme. Les prisonniers politiques, les menaces contre les journalistes, les violences sexuelles, l’interdiction de manifester, etc. L’impunité règne au Congo. La Belgique et l’Union européenne ne peuvent fermer les yeux. L’aide financière que la Belgique octroie doit être soumise à des conditions claires. Aller aux élections dans de telles conditions de répression n’a aucun sens. L’opposition, la société civile et les médias doivent avoir plus d’espace démocratique pour fonctionner. A partir du 1er janvier 2018, le Congo siègera au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et devra veiller au respect des droits de l’homme à travers le monde. Ceci est un très mauvais signal de la communauté internationale ! »

Un chef d’Etat ad interim

M. Luykx met enfin en garde le ministre Reynders à quelques jours de son déplacement en RDC pour l’inauguration du nouveau bâtiment de l’ambassade de Belgique. « Ce bâtiment de l’ambassade est beaucoup trop grand et prestigieux au regard des relations bilatérales actuelles. Il est important que M. Reynders ne prenne aucun engagement politique avec le président Kabila mais qu’il s’en tienne à une rencontre purement protocolaire. Avec un mandat déjà expiré et des élections en vue, le président Kabila est un chef d’état ad intérim. Le ministre Reynders doit éviter de conférer à la position de Kabila une certaine légitimité et doit insister que sa visite a pour but de resserrer les liens avec le peuple congolais. Ce n’est qu’après les prochaines élections démocratiques que notre pays pourra travailler à un futur commun avec le nouveau président légitime ».

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