Mugabe n’a pas démissionné: vers une destitution par les élus

Mugabe n’a pas démissionné: vers une destitution par les élus

Par Marie-France Cros

Robert Mugabe, le nonagénaire président du Zimbabwe, a laissé passer le délai de midi (11heures belges), lundi, sans présenter la démission que lui demandent son armée et son parti. Ce dernier entend engager dès ce mardi la procédure de destitution du chef de l’Etat.

L’âge n’a pas diminué l’obstination de Robert Mugabe, 93 ans, ni sa conviction d’avoir toujours raison après des années d’adulation par son parti, la Zanu-PF, au pouvoir depuis l’indépendance, en 1980. Lundi, le vieil homme n’a pas présenté la démission qu’on exigeait de lui.

La Zanu-PF a révoqué le week-end dernier  M. Mugabe comme son candidat à la Présidence aux prochaines élections présidentielles, prévues en 2018. Elle avait annoncé ce choix en décembre 2016 et le vieil homme avait ensuite assuré qu’il n’y avait “aucun successeur de remplacement qui soit acceptable par le peuple”.

La Zanu-PF vient de changer de cheval et, encouragée par le coup de force de l’armée, mardi dernier, de porter son choix sur  Emmerson Mnangagwa, vice-Président qui avait été limogé par le chef de l’Etat le 6 novembre, sur pression de Grace Mugabe, qui voulait succéder à son Président de mari après sa mort.

Le parlement, dès ce mardi

Conformément à ce qui était prévu en cas de non présentation de la démission du chef de l’Etat lundi midi, les parlementaires de la Zanu-PF se sont rencontrés dans l’après-midi et espéraient pouvoir réunir dès ce mardi les deux chambres du parlement afin de lancer une motion de destitution du vieux chef d’Etat.

La Zanu-PF est majoritaire au parlement de Harare et pourrait voter la destitution dans la semaine.

Selon la Constitution, la majorité simple dans les deux chambres suffit pour lancer une telle procédure pour “faute grave”, “manquement à la Constitution”, “violation délibérée de la Constitution” ou “incapacité”.  Le nonagénaire a des difficultés notoires pour se déplacer seul; on l’estime sous la coupe de son épouse, de 41 ans sa cadette.

Une commission d’enquête est ensuite formée pour rédiger une résolution de destitution, qui doit recueillir une majorité des deux tiers.  Il faudra pour cela à la Zanu-PF l’appui de l’opposition, mais des voix au sein du parti présidentiel assurent  qu’il en sera bien ainsi.

Cette solution constitutionnelle permettrait au coup de force des militaires de ne pas apparaître comme un coup d’Etat et, donc, de ne pas encourir le boycott par l’Union africaine, mais elle ne permet pas de mettre immédiatement Emmerson Mnangagwa au pouvoir comme le souhaiteraient les militaires, puisqu’il a été destitué et M. Mugabe refuse de le rétablir dans ses fonctions.

Immunité ou pas?

Si cette procédure est adoptée, on ignore ce qu’il adviendra de l’immunité pour M. et Mme Mugabe qui aurait été promise lors des négociations en cours depuis le coup de force de l’armée, pour tenter d’obtenir – en vain – la démission du vieux Président.

Depuis que l’armée a placé Robert Mugabe en résidence surveillée, les Zimbabwéens, d’abord médusés, ne cachent plus l’impopularité du chef de l’Etat. Lundi après-midi, des centaines d’étudiants ont manifesté spontanément lorsqu’il est apparu que Robert Mugabe n’avait pas présenté sa démission, afin de le pousser à partir; les examens ont été reportés sine die,“jusqu’au départ” de Mugabe, assurent les manifestants. Et de nouvelles marches anti-Mugabe sont prévues mercredi.

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