RDC: Jean-Jacques Lumumba: « N’attendons plus un homme providentiel »

RDC: Jean-Jacques Lumumba:  « N’attendons plus un homme providentiel »

Entretien: Marie-France Cros.

A 31 ans, Jean-Jacques Lumumba est entré dans l’actualité avec fracas, en révélant l’an dernier à notre confrère Le Soir les malversations du régime en place en République démocratique du Congo (RDC), telles qu’il avait pu les constater dans son travail à la banque BGFI, dont une des sœurs du président hors mandat Joseph Kabila, Gloria Mteyu, détient 40% des parts. La Libre Afrique l’a interrogé sur ce qu’il pense du discours « nationaliste » de Kinshasa.

 LLA: Ce discours est tenu principalement par la bouche du porte-parole du gouvernement et ministre de l’Information, Lambert Mende, qui se présente parfois comme « lumumbiste ». Qu’en pensez-vous?

JJL: J’ai connu Lambert Mende chez mon grand-père, Louis-Richard Lumumba (NDLR: petit frère de Patrice, le héros de l’indépendance congolaise). Il y venait souvent. Il a même voyagé au village avec mon grand-père parce qu’il voulait que celui-ci soit vu comme son mentor dans tout le Sankuru (centre de la RDC). Mais ça ne suffit pas à faire de lui un lumumbiste. Quand on voit comment est géré le Congo par les gouvernements auxquels participe Mende depuis 16 ans… Justement parce qu’il a été un ami de la famille, il devrait avoir honte. Il se plaint de l’impérialisme des Occidentaux mais son gouvernement paie des lobbyistes pour défendre, en Occident, les tristes actions qu’il mène contre le peuple. Son gouvernement brade la terre de nos ancêtres sans que cela profite ni au Trésor, ni à la population congolaise. Il n’y a jamais d’enquête sur les scandales, les crimes et les injustices. C’est à pleurer! Quand il dénonçait le colonialisme, Lumumba n’a pas plaidé pour que ce soient des dirigeants autochtones qui fassent souffrir les Congolais! En quoi ce gouvernement est-il différent de ceux de Mobutu? Le régime Kabila est bien plus mobutiste que lumumbiste.

 LLA: Que pensez-vous que doivent faire les Congolais aujourd’hui?

JJL: Moi, je leur conseille de se prendre en charge. De ne rien attendre de la communauté internationale: un voisin – ce que sont pour nous les Occidentaux – peut apporter son aide mais il a aussi ses problèmes, il ne se battra pas à ta place. Et il apporte son aide parce qu’il espère en retirer quelque chose demain… Il ne faut pas attendre non plus un homme providentiel comme en 1997 – ce serait attendre l’avènement d’un nouveau dictateur. Notre libération se fera par nous-mêmes.

 LLA: Certains dirigeants d’opposition appellent le peuple à prendre la rue – mais restent, eux, à l’abri à l’étranger. N’est-ce pas un peu indécent?

JJL: Le vrai problème, c’est que le peuple n’est pas encadré. Regardez le Togo: une partie du personnel politique est dans la rue pour encadrer les manifestations. Et celles-ci sont déjà organisées en amont, les dirigeants ne se sont pas contentés d’annoncer une date. Dans nos manifestations, il faut des dirigeants politiques visibles, même si tous les chefs ne doivent pas descendre sur le terrain. Et il faut que ceux-ci insistent pour qu’il n’y ait pas de destruction de biens publics ou de commerces: on est dans la rue pour réclamer nos droits et seulement pour ça. Je pense aussi que l’opposition doit montrer aux policiers et aux militaires que nos revendications valent aussi pour eux et leurs familles; il faudrait mettre en première ligne de nos revendications ce dont ils ont besoin.

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