Zimbabwe: quel avenir pour les Mugabe après la « révolution de palais » ?

Zimbabwe: quel avenir pour les Mugabe après la « révolution de palais » ?

La situation politique au Zimbabwe reste très confuse, avec l’apparition en public vendredi du président Robert Mugabe deux jours après un coup de force militaire et la poursuite des discussions entre le dirigeant de 93 ans et l’armée.

Anthoni van Nieuwkerk, professeur de sciences politiques à l’université de Witwatersrand à Johannesburg, répond aux questions les plus pressantes.

Pourquoi le président Robert Mugabe est-il apparu en public vendredi à Harare ? Est-il toujours assigné à résidence ?

Oui, il est toujours en résidence surveillée, mais l’armée l’autorise de temps en temps à sortir afin de montrer au monde que l’Etat de droit prévaut au Zimbabwe.

Le calcul de l’armée est de dire: +traitons-le avec dignité et respect pendant qu’on cherche une porte de sortie+. C’est la raison pour laquelle il est apparu à l’université ce matin.

Peut-on parler de coup d’Etat au Zimbabwe alors que Robert Mugabe et le chef d’état-major posent côte à côte et que le président continue à assurer certaines de ses fonctions officielles ?

Normalement, quand il y a un coup d’Etat, il y a des violences, des châtiments, des morts. L’armée au Zimbabwe veut montrer que ce n’est pas un coup d’Etat normal.

On assiste en fait à une révolution de palais où une faction du parti au pouvoir, la Zanu-PF, utilise des éléments des forces de sécurité – pas tous, pas la police par exemple – pour faire des changements au sein de la Zanu-PF.

Il s’agit d’un coup d’Etat contre le G40 (la faction de la Zanu-PF qui soutient Grace Mugabe).

Grace Mugabe voulait se débarrasser de l’opposition au sein de la Zanu-PF. C’est précisément l’opposition qu’elle visait qui utilise des pans de l’armée pour se débarrasser d’elle. Il s’agit donc d’une intervention militaire limitée avec un objectif politique bien défini.

Que peut-il se passer désormais ?

Il y a une tentative en cours pour mettre en place un gouvernement de transition inclusif, qui prendrait le relais de l’armée pour une période de quelques mois ou d’un an, le temps d’organiser des élections.

Mais la condition prérequise pour ce gouvernement inclusif est la démission du président. Le problème dans ce scénario est qu’il refuse de s’y soumettre.

Il faut l’intervention d’un médiateur. L’Afrique du Sud n’a pas d’autre choix que d’envoyer des médiateurs de poids sous la bannière de la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) pour mener le processus.

Robert Mugabe a 93 ans, il est très frêle, il est faible. Je ne le vois pas partir en exil. Le meilleur scénario est qu’il se retire avec Grace au Zimbabwe.

Quel est désormais l’avenir de Grace Mugabe et celui d’Emmerson Mnangagwa?

On ne sait pas où Grace Mugabe se trouve maintenant. Mais sa carrière politique est terminée.

Quant à Emmerson Mnangagwa, il veut devenir le président, rien de moins, et je pense qu’il pourrait arriver à ses fins. Il pourrait entre temps diriger le gouvernement d’interim. Mais il ne faut pas oublier qu’il n’est pas un ange. C’est un vieux briscard de la politique. Il a du sang sur les mains, ce qui signifie qu’il bénéficie de soutiens importants dans l’armée et le parti au pouvoir.

Que pensez-vous de cet article?