“Kolwezi on air” : une ville et ses déboires filmés par la presse

“Kolwezi on air” : une ville et ses déboires filmés par la presse

Dans son premier film en tant que réalisateur, Idriss Gabel rend hommage à la subversivité et à la débrouillardise des journalistes congolais qu’il a fréquentés au cours de ses nombreux séjours au Katanga.

Dans son décor majestueux de Far West africain, le film Kolwezi on air** a des allures de balade country entre fleuve indolent et sites miniers à la silhouette crépusculaire. Pourtant, l’heure n’est pas au tourisme ou à la passivité. Etre sur le terrain, au contact de la population qui lui donne sa notoriété et sa légitimité, c’est la raison d’être de la RTMA, la Radio Télévision Manika, une des stations indépendantes les plus écoutées de la ville de Kolwezi, au Katanga (RDCongo).

Fondée en 2009, elle émet à destination d’un public de 300 000 habitants, une gageure dans cette ville privée de presse écrite. Juchés sur des motos, à pied ou en voiture, ses journalistes arpentent son territoire et racontent chaque jour les aléas et les surprises de la vie dans la cité minière. Prenant la forme d’une “banale” déambulation, le film d’Idriss Gabel illustre parfaitement ce qu’est le quotidien de la population dans cette ville considérée comme l’une des plus riches au monde, en vertu de son sous-sol d’où sont extraits cuivre et cobalt, mais aussi uranium et radium.


Une radio-télévision, parabole du Congo

Dans ce site magnifique et grandiose, sous des cieux à faire pâlir d’envie peintres et photographes, les hommes et les femmes se débattent au quotidien pour gagner et réclamer leur maigre salaire. En observant la quinzaine de journalistes de la RTMA, c’est une parabole du pays tout entier qui nous est livrée. Coupures d’électricité, salaires impayés, installations vétustes, équipements obsolètes et conditions de sécurité dérisoires : un territoire où, même dans la mort, on n’est pas sûr de pouvoir reposer en paix.

On y suit des journalistes obligés de louvoyer entre matériel manquant et annonceurs cherchant à ne pas honorer leurs factures. Une équipe qui fait de son mieux tout en étant consciente des limites de l’exercice de sa profession. A une extra-ordinaire et arrogante exception près…

“Voir ce qui se passe et parler des revendications ou des problèmes sociétaux, c’est la mission de notre télévision. Les habitants ne peuvent pas parler directement aux autorités mais nous, nous pouvons le faire. Il n’y a pas de presse écrite à Kolwezi, les journaux paraissent à Kinshasa à 2 000 km d’ici. Quand il y a un problème et que la RTMA en parle, les officiels sont obligés de réagir. Les gens nous prennent donc presque pour des justiciers”, explique Gaston Mushid Mutund, directeur général de la RTMA. Un métier qu’il vit au plus près de la population et de ses soucis et qui révèle, malgré les difficultés, un sens de la débrouille et une volonté de bien faire qui transcende le quotidien de nombreux Congolais.

Consciente de son rôle, la RTMA pointe, sans avoir l’air d’y toucher – grâce aux savoureux dictons de Carlo Ngombe et aux nombreux reportages sociétaux -, les manquements criants au sein du monde politique et les dérives au sein de la population où sévissent quelques “gourous” improvisés.

Les difficultés de la presse au Congo

Assistant de Thierry Michel sur ses films « Katanga Business » et « L’Irrésistible ascension de Moïse Katumbi” (tournés dans la région), Idriss Gabel a été bluffé par “cette incroyable subversivité et cette capacité d’adaptation des Congolais qui méritent le respect”. “Cette formidable énergie et rage de vivre”, déjà découvertes au Burkina Faso, l’ont motivé à réaliser son premier film, dédié au courage des journalistes congolais rencontrés lors des formations techniques dispensées à Kolwezi entre 2009 et 2013. Car la RTMA, elle-même, a des problèmes de trésorerie et de liberté d’expression. En résulte un quotidien entre autocensure, insultes et frustrations, dont l’âpreté s’est encore accrue à mesure que s’éloignait l’espoir des élections…

Karin Tshidimba

Déjà montré à Montréal, New York, Amiens, Bruxelles et Ouagadougou, mais aussi en Italie, Allemagne, Pologne, Côte d’Ivoire, au Burundi et au Gabon le film est à voir ce jeudi sur La Trois à 21h30, dans le cadre de la Nuit du Doc à la RTBF, mais aussi le 21/11 à 13h35 et le 23/11 à 20h.

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