Zimbabwe: les militaires tentent de neutraliser l’ambitieuse Grace Mugabe

Zimbabwe: les militaires tentent de neutraliser l’ambitieuse Grace Mugabe

« Ce n’est pas un coup d’Etat militaire contre le gouvernement (…) Nous ne faisons que viser les criminels qui entourent” le président Robert Mugabe, 93 ans, au pouvoir depuis l’indépendance (1980), a assuré mercredi le général Sibusiso Moyo à la télévision nationale, dont les militaires avaient pris le contrôle un peu plus tôt.

L’armée a indiqué que le président Mugabe “et sa famille” étaient “sains et saufs” et leur sécurité “garantie”.  Selon le président d’Afrique du Sud, Jacob Zuma, proche de son homologue zimbabwéen, ce dernier lui a assuré au téléphone être chez lui en résidence surveillée mais en bonne santé.

Le général Moyo a assuré que “dès que notre mission sera accomplie, nous nous attendons à ce que la situation retourne à la normale”.

Ramener le vice-Président Emmerson Mnangagwa

Si l’on ignore encore ce que l’armée entend exactement par là, on peut penser qu’elle veut rétablir dans ses fonctions – voire plus – le vice-Président Emmerson Mnangagwa, 75 ans, révoqué la semaine dernière à l’instigation de Grace Mugabe, 52 ans, qui ne cache plus son ambition de succéder à son vieux mari malade. L’homme est rentré à Harare mercredi après-midi, en provenance de l’Afrique du Sud où il s’était réfugié après son limogeage, apparemment pour prendre la direction du pays.

Comme Mugabe, Emmerson Mnangagwaet le chef de l’armée, le général Constantine Chiwenga, 61 ans, sont des acteurs de la lutte pour l’indépendance du Zimbabwe – ce que n’est pas Grace Mugabe – qui tiennent le pouvoir.

Or, si les Zimbabwéens ont longtemps supporté les folles dépenses de la Première Dame, ils ont vu d’un oeil nettement plus sévère l’éveil de ses ambitions politiques depuis 2014.

Cette année-là, après plusieurs mois d’attaques verbales et d’accusations de complot, Mme Mugabe avait réussi à évincer de son poste de vice-Présidente Joice Mujuru, ancienne combattante de la guerre d’indépendance – elle était alors surnommée “la Sanguinaire” – qui passait pour la dauphine de Robert Mugabe, ainsi que huit de ses proches. L’éviction causa des remous et un vétéran fut arrêté pour avoir protesté en disant que “le pouvoir n’est pas sexuellement transmissible”, mais la tempête passa.

Mme Mujuru avait été remplacée par Emmerson Mnangagwa, vétéran de la guerre d’indépendance, lui aussi, et proche de l’armée; considéré comme l’âme damnée de Robert Mugabe, il avait dirigé la Sécurité. Cela n’a pas suffit pour arrêter l’ambition de Grace Mugabe, qui obtint son limogeage ce 6 novembre.

Deux jours auparavant, dans un discours au stade de Harare, elle avait déclaré: “Je dis à M. Mugabe: vous devriez (…) me laisser prendre votre place”. “N’ayez pas peur. Si vous voulez me donner votre poste, donnez-le moi librement”. L’éviction du vice-Président, qui laissait la voie libre aux ambitions de Grace Mugabe, a  été la goutte qui fait déborder le vase pour l’armée. D’autant que la Première Dame n’avait pas hésité à accuser le fidèle Emmerson Mnangagwa d’avoir voulu, en 1980 “faire un coup d’Etat. Il voulait prendre le pouvoir du Président. Il conspirait avec les Blancs”. Venant d’une personne qui avait 16 ans en 1980 et n’a jamais participé à la lutte pour l’indépendance, cette accusation a été le sacrilège de trop.

Pillage du Congo

Si le coup d’Etat devait réussir à rétablir Emmerson Mnangagwa, cela ne signifierait pas pour autant une démocratisation du pays.  Surnommé “le Crocodile” en raison de son caractère impitoyable et de sa ruse, Mnangagwa figurait parmi les Zimbabwéens sanctionnés en février 2002 par l’Union européenne pour leur actes contre la démocratie et l’Etat de droit. Le rapport du 15 octobre 2002 des experts de l’Onu sur le Congo le cite comme un des principaux responsables du pillage de ce pays.

Analyse par Marie-France Cros

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