« Disgrace », l’incontrôlable première dame zimbabwéenne

« Disgrace », l’incontrôlable première dame zimbabwéenne

Portrait par Marie-France Cros.

Grace Mugabe n’a jamais trouvé grâce aux yeux de la majorité des Zimbabwéens, qui l’ont rapidement surnommée « Disgrace » (« honte », « déshonneur ») en raison de son comportement et « the First Shopper » (la Première Acheteuse, en référénce à l’expression Première Dame) pour ses dépenses. Depuis 2014, cependant, elle a des ambitions politiques de plus en plus affirmées: succéder à son mari. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Grace Mugabe n’a jamais trouvé grâce aux yeux de la majorité des Zimbabwéens. D’abord parce que, mariée à un pilote, cette jeune dactylo de la Présidence était devenue très vite la maîtresse d’un chef de l’Etat de 41 ans son aîné, alors qu’il était toujours marié à Sally, Première Dame admirée pour son passé de militante, son sens politique, son intelligence et sa dignité. Le mari pilote sera envoyé dans un lointain poste diplomatique.

« The First Shopper »

Ensuite parce que, quatre ans après le décès de la populaire Sally, qui succomba à la maladie, le catholique Mugabe épousa Grace, en 1996, devant 12.000 invités, lors d’une fête à la magnificence inusitée au Zimbabwe, qui marqua la victoire des goûts de luxe de la nouvelle Première Dame. Et qu’à partir de là, Robert Mugabe passa, en quelques années seulement, du statut de Père estimé de l’indépendance, à celui de dictateur sans scrupule pour se maintenir au pouvoir.

Les années-Grace du Zimbabwe ont en effet été marquées par un flux continu de dépenses pour satisfaire la jeune épouse du Président et par un étranglement progressif de l’Etat de droit et de la prospérité d’un pays qui était, jusque-là, le grenier de l’Afrique australe.

« Graceland » et fermes confisquées

Maïtresse du Président, Grace s’était déjà fait construire, sur fonds de l’Etat, une villa de 30 chambres à Harare, modestement baptisée « Graceland », qu’elle revendra à son compte en 2000 à feu le président Kadhafi, pour 3 millions de livres – tandis qu’elle demandait à Robert Mugabe une autre villa, de 6 millions de livres (près de 7 millions d’euros) cette fois, à la sortie de la capitale zimbabwéenne.

Plus tard, elle mit la main sur six des meilleures fermes de Zimbabwéens blancs expropriés depuis 2000 dans le cadre d’une « réforme agraire » non préparée – qui a plongé le pays dans la disette – décidée pour redorer le blason de Robert Mugabe alors que le pays s’enfonçait dans une crise multiforme. Selon « Africa Confidential », Grace Mugabe aurait aussi acquis des propriétés en Chine et en Malaisie.

Alors que le Zimbabwé, un des pays les plus développés d’Afrique australe, régressait peu à peu, « the First Shopper » se lançait dans de folles virées shopping à travers le monde, avec une fixation sur les marques de luxe – Gucci, Hermès, Ferragamo, Godiva… Jusqu’aux sanctions européennes décidées en 2002 contre le couple Mugabe, Madame était une si bonne cliente des grands magasins Harrod’s, à Londres, que ceux-ci fermaient pour ne se consacrer qu’à elle, lors de ses visites; tandis qu’à Paris, les représentants des boutiques de luxe faisaient la queue à son hôtel pour prendre ses commandes. La grande dépensière a aujourd’hui porté son choix sur les grandes villes d’Asie.

Incapable de se contrôler

« Disgrace » Mugabe est aussi connue pour ses accès de violence incontrôlable. En 2009, elle avait fait scandale en se jetant en hurlant sur un photographe britannique qui l’avait « croquée » à la sortie d’une boutique de luxe de Hong Kong: après avoir envoyé ses gardes du corps l’immobiliser, elle lui avait martelé le visage de ses poings garnis de diamants.

La même année, à l’aéroport de Kuala Lumpur, elle avait agressé du personnel qui voulait lui faire respecter une interdiction de passage clairement indiquée, hurlant, selon une radio zimbabwéenne, qu’elle était la femme d’un Président et pouvait donc faire ce qu’elle voulait et quand elle le voulait. Elle avait échappé de peu à l’arrestation, après que la Présidence zimbabwéenne eut négocié sa sortie immédiate de Malaisie. On lui reproche aussi des violences contre des journalistes à Dubai.

En août dernier, irritée par la présence de journalistes, elle avait attaqué plusieurs d’entre eux à Singapour, dont la Justice l’avait condamnée à rembourser les téléphones cellulaires qu’elle avait détruits. Quelques jours plus tard, en Afrique du Sud, elle avait battu avec un fil électrique des jeunes filles qui se trouvaient dans une chambre d’hôtel louée par les fils Mugabe; alors que ceux-ci et plusieurs de leurs invités s’étaient enfuis devant la furie, Mme Mugabe s’était acharnée « comme une folle » sur un jeune mannequin, Gabriella Engels, qui a porté plainte. Les autorités sud-africaines avaient permis à la colérique Première dame zimbabwéenne de fuir le pays, au nom d’une immunité diplomatique que les avocats de la victime contestent en justice. L’affaire n’a pas encore été jugée.

C’est cette femme-là que les militaires zimbabwéens ont clairement voulu empêcher d’accéder à la Présidence lorsque son mari, âgé de 93 ans, mourra. Ambition qui était à portée de sa main baguée de gemmes depuis l’éviction, la semaine dernière, du vice-Président Emmerson Mnangagwa.

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