RDC: le Palu n’est plus l’allié des kabilistes, dit Adolphe Muzito

RDC: le Palu n’est plus  l’allié des kabilistes,  dit Adolphe Muzito

Par Marie-France Cros.

L’alliance entre le Parti lumumbiste unifié (PALU) d’Antoine Gizenga et le parti du président hors mandat Joseph Kabila, le PPRD, est « tombée dans la caducité », a indiqué Adolphe Muzito dans une interview à nos confrères du Point Afrique.

Neveu du « patriarche » Antoine Gizenga et député de Kikwit (Kwilu, province issue du démembrement du Bandundu, en 2015), l’ex-Premier ministre congolais (2008-2012) explique que cette alliance « était une sorte de contrat à durée déterminée » et qu’elle est « tombée dans la caducité: le mandat du président Kabila s’est achevé en décembre 2016 ». « Nous avons passé un accord en 2006 et en 2011 », ajoute M. Muzito, pour les élections de ces années-là; pour une nouvelle alliance, avec le PPRD ou un autre parti, « nous devrions au préalable avoir une même vision » et le candidat que le Palu soutiendrait – issu ou non de ses rangs – « doit envisager une politique autre que celle qui a échoué ».

Tout est à refaire au Congo

Pour M. Muzito, en effet, « tout est à faire. Le Congo n’est pas à développer, mais à construire ». « Le gouvernement actuel n’a pas de pouvoir », parce qu’il n’est « pas le produit d’une coalition ou d’un consensus. Son programme vient d’un Parlement hors mandat et sans légitimité ».

Adolphe Muzito n’est pas plus indulgent pour le Rassemblement d’opposition, qui « n’est pas une vraie structure politique » mais « un front de contestation qui réclame le respect, par le président Kabila, des textes de la République ». « Nous serions curieux de connaître son projet politique (NDLR: du Rassemblement), le moment venu ».

Des deux côtés, accuse-t-il, « la classe politique est hypocrite, elle n’est pas prête pour les élections. L’opposition n’a pas d’ancrage populaire partout sur le territoire congolais; la majorité, pour sa part, a peur parce qu’elle n’a pas un bon bilan ». C’est pourquoi « le jour où les deux camps se retrouveront ensemble pour se partager le « butin », ils prorogeront encore les délais pour les élections ».

Un vrai parti politique

Le PALU est, avec l’UDPS, un des rares véritables partis politiques au Congo, dont les membres militent et paient leur cotisation plutôt que d’être payés pour soutenir publiquement leur formation. Il a assez de personnalité pour avoir été l’allié du PPRD tout en refusant toujours d’entrer dans la Majorité présidentielle.

Le Palu est surtout remarquable pour ses efforts, sans pareil en RDC, d’éducation politique, que ce soit au niveau populaire – avec des militants qui, à des coins de rue fixes, expliquaient régulièrement et clairement les enjeux et le fonctionnement des élections en 2006 et en 2011 – ou à destination d’auditoires plus formés, récemment encore – en organisant des universités populaires auxquelles étaient conviés des spécialistes de matières intéressant la marche du pays (sur la population congolaise, sur les mines, sur les hydrocarbures, sur l’eau, etc…)

Histoires d’argent

Les gouvernements dirigés par le Palu  – Gizenga (2006-2008) ou Muzito – ont été favorablement notés pour leur respect des exigences du Fonds monétaire international (après leur départ, les relations se sont à nouveau tendues entre Kinshasa et le FMI); pour avoir relevé le salaire des fonctionnaires de 30 à 100 dollars par mois et quasiment triplé celui des professeurs d’université; en lançant la réfection de bâtiments de l’Université de Kinshasa, abandonnés depuis les années 70 et en lançant la construction de trois centrales hydro-électriques. Le Premier ministre Muzito avait en revanche été stigmatisé pour son cabinet pléthorique (400 personnes, issues de sa région pour la plupart, dénonçait la presse kinoise, contre une trentaine maximum dans les cabinets de Premier ministre en Europe)

En 2015, son épouse Chantal Ngalula, avait été accusée d’avoir reçu 20.000 euros du bourgmestre de Waterloo, le libéral Serge Kubla, pour faciliter des contacts politiques en vue d’affaires, accusation qu’elle avait niée et contre laquelle elle avait déposé plainte à Bruxelles pour diffamation. Quelques mois plus tard, Adolphe Muzito, jusque-là « numero deux » du Palu, était destitué de ses fonctions dans le parti pour trois ans, par Antoine Gizenga, en raison de déclarations publiques n’ayant pas reçu l’aval de la formation.

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