RDC : Un calendrier électoral qui suscite colère et doute

RDC :  Un calendrier électoral qui suscite colère et doute

Commentaire

Par Marie-France Cros

La diffusion dimanche, par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) d’un calendrier électoral fixant les élections congolaises au 23 décembre 2018 a suscité colère, ricanements et doute au Congo.

Colère parce qu’elles étaient dues pour 2016 et ce n’est qu’exceptionnellement que l’Accord de la Saint-Sylvestre a accordé au président Joseph Kabila (hors mandat depuis le 20 décembre 2016) un an de plus pour organiser les élections avec l’opposition. On sait que le camp kabiliste a tout fait pour ne pas respecter sa part d’obligations selon cet Accord. Ainsi, il n’y a pas eu de libération des principaux détenus politiques, seulement l’élargissement d’inconnus, voire de criminels ralliés au régime. Il n’y a pas eu de partage du pouvoir avec l’opposition, seulement le débauchage de personnes issues de celle-ci, notamment Samy Badibanga et Bruno Tshibala, dépourvus de pouvoir malgré un titre ronflant et des émoluments de Premier ministre. On n’a pas confié la surveillance du processus à l’opposition; Joseph Olengankoy, déçu de ne pas être assez reconnu , à ses yeux, au sein des opposants, a rallié le camp adverse même s’il a du mal à avaler les couleuvres que ce dernier lui sert.

Elle a suscité aussi des ricanements parce que, survenant quelques jours après que l’ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu, Mme Nikki Haley, eut exigé des élections en 2018 («Si les élections ne sont pas organisées en 2018, la RDC ne pourra pas compter sur l’appui de la communauté internationale et celui des Etats-Unis »), elle semble être surtout à consommation extérieure. Pour quelle autre raison Corneille Nangaa, président de la Ceni, se dédirait-il? Il y a un mois, il avait en effet assuré qu’il faudrait « 504 jours » après la fin de l’enrôlement pour tenir les élections, soit, au plus tôt, avril 2019.

 

Les Congolais, eux, se demandent pourquoi les kabilistes et leur Ceni ne répéteraient pas, tout au long de 2018, le jeu qui semble avoir fonctionné en 2017: multiplier les retards et les prétextes pour rendre apparemment impossible le vote des citoyens et se maintenir ainsi au pouvoir. Après tout, l’Ivoirien Laurent Gbagbo, arrivé au pouvoir en 2000 à l’issue d’élections irrégulières, n’était-il pas parvenu  à retarder la présidentielle de 2005 jusqu’en 2010?

Cette annonce suscite aussi le doute. Car le calendrier publié dimanche est « intenable », analyse pour La Libre Afrique un spécialiste des élections congolaises. « Dès la première opération mentionnée, la Ceni ne pourra pas respecter le délai qu’elle a indiqué: l’enrôlement dans les Kasaï ne pourra pas être terminé le 31 janvier 2018 parce qu’il n’a pas encore commencé dans de nombreux centres d’inscription de cette région ».

Sans compter qu’après seulement commencera l’enregistrement des électeurs de la diaspora, ont annoncé les autorités congolaises, diaspora qui n’est pas comptabilisée. Et qu’il faudra enregistrer les Congolais qui auront atteint 18 ans au 31 décembre 2018. Sans parler du contrôle des électeurs enregistrés, alors que la valse des chiffres a commencé: le 11 octobre, le ministre congolais des Affaires étrangères Léonard She Okitundu a annoncé, dans un discours devant le Conseil de sécurité de l’Onu, qu’il attendait « 45 millions d’électeurs ». Or, à la fin août, la Ceni disait avoir enregistré 40,6 millions d’électeurs, soit « près de 98% » du corps électoral. Les chiffres, il est vrai, sont surprenants: ainsi, au Sankuru, province de M. Okitundu et du porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, 229% des électeurs attendus ont été enregistrés…

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