Les fossoyeurs de l’Afrique

Les fossoyeurs de l’Afrique

Commentaire par Marie-France Cros

La proclamation, lundi, de la « victoire » du président sortant du Kenya, Uhuru Kenyatta, alors que son rival Raila Odinga s’était retiré du scrutin, auquel seuls 38% des inscrits ont participé, met fin à l’espoir suscité, le 1er septembre, par le courage de la Cour suprême de Nairobi. Les juges avaient, ce jour-là, annulé l’élection présidentielle du 8 août parce que « les illégalités et irrégularités (avaient) affecté l’intégrité de l’élection ». Une première sur le continent, largement saluée pour la maturité qu’elle mettait en évidence.

La Cour avait mis en cause la commission électorale, dont le président Kenyatta a refusé la modification exigée par son rival pour participer à la répétition du vote, le 26 octobre dernier. D’où l’absence de crédibilité de la proclamation de la victoire de M. Kenyatta, par « 98,26% » , et la multiplication des violences, qui menacent de prendre un tour tribal, les Kikuyus (22% de la population) de M. Kenyatta contre toutes les autres ethnies, fatiguées de leur main-mise sur la Présidence depuis l’independance (3 des 4 Présidents étaient/sont des Kikuyus).

Ce nouveau gâchis, qui réveille les craintes d’un nouveau désastre comme celui des élections kényanes de 2007 (1100 morts, des milliers de blessés, 600.000 déplacés) rappelle le cas de la République démocratique du Congo, où le président hors mandat Joseph Kabila s’accroche au pouvoir et dont le pays compte déjà, en raison des troubles causés par l’instabilité politique et la mauvaise gouvernance, des milliers de morts et quelque 3,8 millions de déplacés. Ou celui du Burundi, où l’obstination du président Nkurunziza à s’incruster à la tête de l’Etat malgré l’interdiction spécifique de l’Accord de paix d’Arusha, a fait des centaines de morts, 400.000 réfugiés et plongé le pays dans la misère. Ou le cas du Zimbabwe, où le refus du président nonagénaire Robert Mugabe de quitter le pouvoir – qu’il occupe depuis 37 ans – a transformé le grenier d’Afrique australe en un pays déficitaire en aliments, fui par des dizaines de milliers de ses citoyens partis chercher ailleurs leur pitance. Ou le pitoyable échec de l’indépendance, proclamée en 2011, du Sud-Soudan, où la mesquine rivalité entre le président Salva Kiir et l’ex-vice-président Riek Machar a plongé le pays dans la guerre et la faim.

Où la liste des fossoyeurs de l’Afrique s’arrêtera-t-elle? Où sont les patriotes disposés à travailler pour le bien de tous et non pour leur gloire et leur enrichissement personnels? Où sont les Senghor de ce siècle?

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