Les Mungikis, milice criminelle ethniste au Kenya

Les Mungikis, milice criminelle ethniste au Kenya

Par Marie-France Cros.

Les violences enregistrées depuis quelques jours dans des bidonvilles de Nairobi, à la suite de l’élection présidentielle du 26 octobre, ont été suscitées par la présence – réelle ou fantasmée – dans ces quartiers pauvres de la milice kikuyu des Mungikis, très redoutée.

Il s’agit d’une secte politico-tribaliste dont le nom signifie « peuple uni » et « multitude » dans la  langue des Kikuyus. Elle affirme être l’héritière des Mau Mau, combattants indépendantistes des années ’50 composés majoritairement de Kikuyus. Ces derniers forment l’ethnie la plus nombreuse du Kenya avec 22% de la population, devant les Luhyas (14%), les Luos (13%) et les Kalenjins (12%).

Quasi-monopole des Kikuyus sur le pouvoir

Trois des quatre chefs de l’Etat kenyan depuis l’indépendance (1963) étaient des Kikuyus: Jomo Kenyatta (1964-1978); Mwai Kibaki (2002-2013) et l’actuel président Uhuru Kenyatta, fils du précédent, au pouvoir depuis 2013. Seul Daniel Arap Moi (1978-2002) ne l’était pas; il appartient à l’ethnie Kalenjin. Pendant sa première année d’indépendance, le Kenya était un royaume et Jomo Kenyatta son Premier ministre. Le quali-monopole du pouvoir suprême par les Kikuyus constitue le fond de l’agitation politique actuelle.

L’existence des Mungikis est rapportée depuis les années 80. Il s’agissait alors d’un groupe violent utilisé pour appuyer des candidats kikuyus aux élections. Mais dès les années 90, cette société secrète est devenue un gang de bandits, s’enrichissant par le rackett des transporteurs et semant la peur par l’utilisation de rituels qui seraient liés à la tradition kikuyue et comprendraient la consommation de sang humain lors de l’initiation. Ils se sont illustrés par des violences, des mutilations, la décapitation de leurs victimes, la circoncision et l’excision forcées de membres de tribus qui, contrairement aux Kikuyus, ne les pratiquent pas.

La CPI avait poursuivi Kenyatta

La circoncision forcée des Luos – ethnie à laquelle appartient l’opposant Raïla Odinga, qui a refusé de se présenter au scrutin du 26 octobre en raison de la non correction des irrégularités dénoncées par la justice kényane lors de la présidentielle du 8 août, annulée – lors du scrutin présidentiel interrompu de 2007, avait donné lieu à de nombreux cas de castration, selon la presse kényane.

Le président Uhuru Kenyatta avait été accusé par la Cour pénale internationale (CPI) d’avoir utilisé les Mungikis en 2007, bien que la secte mafieuse soit officiellement interdite depuis 2002. M. Kenyatta nie et a bénéficié, en décembre 2014, de l’abandon des poursuites en raison de l’impréparation du procureur de la CPI.

Depuis l’annulation de la réélection de M. Kenyatta, cet été, la présence de la société secrète est à nouveau dénoncée dans les quartiers pauvres de Nairobi, sans que l’on sache si elle est avérée ou s’il s’agit juste d’un fantasme créé par la peur de revoir sévir ce groupe criminel. Au cours du week-end, des commerces de Kikuyus ont été brûlés par des habitants d’autres ethnies et vice versa.

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