RDC: les charbonniers en première ligne pour la défense du Parc des Virunga

RDC: les charbonniers en première ligne pour la défense du Parc des Virunga

Par François Misser.

La déforestation constitue la principale menace pour le Parc des Virunga. En première ligne, parmi ses défenseurs, figurent les paysans producteurs de charbon de bois durable, soutenus par le WWF (World Wildlife Fund).

Depuis des décennies, le Parc des Virunga, inscrit au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco est soumis à une forte pression de la part des charbonniers qui en abattent les arbres pour alimenter en charbon de bois (makala) la ville de Goma. Celle-ci dépend à 97% pour sa consommation en énergie de ce combustible qui provient du Parc à hauteur de 56%. Le taux de déforestation est considérable : de l’ordre de 1% par an, selon le WWF.

Le danger est d’autant plus grand que le business du makala est en plein essor et très lucratif. Selon le WWF, le sac de 50 kg de makala est vendu aujourd’hui à Goma 20 à 30 dollars contre 10, il y a deux ans.  Ce business est aux mains des mains des groupes armés, pour lesquels il représentait un chiffre d’affaires de quelque 30 millions de dollars par an en 2013, estimé aujourd’hui au double selon d’autres sources. Or, ceux-ci prolifèrent dans le Parc. En 2015, le Congo Research Group, en avait identifié 24 dans les seuls territoires limitrophes de Masisi et Walikale !.

C’est dans ce contexte très difficile, qu’a été lancé par le WWF le programme Eco-Makala qui, de 2007 à 2016, a permis la plantation de 10 000 hectares d’arbres à croissance rapide (eucalyptus,  acacia, grevillea, cedrela et senna), a expliqué la responsable du projet, Mone Van Geit lors de la conférence Sustainable Energy for Africa, organisée du 24 au 26 octobre à Bruxelles par l’Académie royale des sciences d’outre-mer. Le projet, financé au départ par l’UE et le WWF, compte sur le soutien des Pays-Bas, de la Banque africaine de développement , et de la Coopération belge au développement.Il concerne cinq territoires du Nord-Kivu (Rutshuru, Nyiaragongo, Beni, Lubero et Masisi). Il fait suite au programme « makala kwa mafa yetu » lancé par la coopération belge et le WWF pour organiser la filière du charbon de bois durable, visant à la structuration des paysans en groupes ou coopératives afin d’assurer la commercialisation du makala et un revenu équitable pour les planteurs. Complémentaire à l’action de l’Institut congolais pour la conservation de la nature qui  vise par l’amélioration du contrôle à lutter contre la déforestation illégale, le WWF vise avec ce projet, à garantir un approvisionnement de Goma en makala durable mais aussi à garantir aux quelques 10 000 paysans actuellement impliqués à bénéficier d’une activité rémunératrice. Un défi de taille : les besoins de Goma, peuplée d’un million d’habitants, sont estimés à un million de mètres cubes/an.

Ce programme a pour ambition de faire progresser la taille des plantations jusqu’à 30 000 ha en 2030, ce qui pourrait suffire à satisfaire entre 10% et 20% des besoins de Goma à condition que l’usage des foyers améliorés promu par le WWF et dont la combustion exige deux fois mois de makala, soit généralisé.

Mone Van Geit ne cache pas que le projet est un défi. Le WWF a identifié plusieurs facteurs de blocage dont l’insécurité foncière qui n’incite pas les paysans à investir dans des projets s’ils ne sont pas sûrs de disposer de la terre au moment de la récolte. Il y a aussi la concurrence pour l’espace avec les productions vivrières et celle au niveau des prix du makala illégal, provenant des arbres d’essences à haute valeur calorifique abattus dans le Parc, par des acteurs qui n’ont pas à assumer les coûts de la reforestation et de la gestion des plantations.

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