La visite de Mme Haley a au moins permis de reformer un front de l’opposition

La visite de Mme Haley a au moins permis de reformer un front de l’opposition

Par Hubert Leclercq

Eve Bazaiba, Vital Kamerhe, Pierre Lumbi et Félix Tshisekedi assis côte à côte pour mettre la dernière main à un message commun à délivrer à l’ambassadrice américaine aux Nations Unies, Nikki Haley. L’image est forte et on peut déjà s’interroger et si cette « union » de l’opposition n’est pas la plus grande réussite de ce voyage.

Depuis la tenue de la réunion de Genval (Belgique) qui avait vu la naissance du Rasemblement de l’opposition, ces quatre-là ne s’étaient plus vraiment parlé. Le duo Lumbi-Tshisekedi a démontré depuis près d’un an qu’il pouvait tenir bon, malgré les attaques, les défections et les tentations, nombreuses, qui leur sont faites.

Eve Bazaïba a toujours cherché à préserver l’indépendance de son mouvement, le MLC, dont elle craint qu’il ne se dissolve dans le Rassemblement de l’opposition. Elle est parvenue à constituer sa propre plateforme qui, elle aussi, a subi des coups de boutoir mais n’a jamais cédé aux pressions.

Vital Kamerhe, lui, est en train de chercher à se refaire une virginité. Après s’être senti – à tort ou à raison – mis à l’écart au moment du congrès de Genval, il a été tenté par les sirènes du pouvoir, se sentant trop à l’étroit dans la Dynamique de l’opposition. Mais, malgré l’insistance de certains membres de son parti et, surtout à cause de la véritable haine que lui voue le président hors mandat Joseph Kabila, Kamerhe a finalement quitté cette majorité dans laquelle il n’aurait jamais obtenu autre chose que « des cacahuètes ».

Un ralliement de dernière minute qui dessert fortement la majorité. Parce qu’il permet à l’opposition d’avoir un front large à présenter à Mme Haley, parce qu’il montre que même ceux qui ont rejoint dernièrement Kabila ont compris qu’il ne voulait pas céder le pouvoir, jamais.

Les Bazaiba, Tshisekedi, Lumbi ont bien compris qu’aujourd’hui le temps était au regroupement le plus large possible. « Nous avons un ennemi commun, Kabila, et une mission commune, la tenue des élections et l’alternance », disait récemment un membre du G7 à La Libre Afrique. « Ensuite, quand nous aurons obtenu le départ de ce Monsieur, ceux qui le voudront reprendront leur liberté pour aller aux élections. Ce sera le vrai jeu démocratique ».

Un poids dans tout le pays

Ce front, composé par les quatre ténors (Pierre Lumbi, G7, peut-être aussi considéré comme le représentant de Moïse Katumbi), démontre aussi le peu de poids que conserve la majorité présidentielle dans l’ensemble du pays.

De l’Equateur aux Kivus en passant par le Kassaï, le Katanga, Kinshasa ou même le Bandundu (pour reprendre les anciennes provinces et en constatant par exemple que les Kamitatu – Fayulu n’ont rien à craindre d’un Minaku ou d’un Kin Kiey dans cette dernière), la majorité présidentielle ne fait pas le poids face à ce front… si des élections vraiment démocratiques peuvent avoir lieu.

C’est aussi le sens d’une des demandes des évêques congolais qui ont expliqué à Mme Haley qu’il fallait donner un rôle actif aux experts de l’ONU au sein de la CENI. Une commission électorale qui n’a plus d’indépendant que le nom.

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