Kasaï: une milice appuyée par l’armée mise en cause

Kasaï: une milice appuyée par l’armée mise en cause

 Par Marie-France Cros.
 
Un rapport de l’Onu met en cause la milice ethnique Bana Mura dans des crimes commis au Kasaï en avril et mai derniers, parfois avec « le soutien actif » de l’armée congolaise.
 

Le Bureau conjoint de l’Onu aux Droits de l’homme (BCNUDH) a présenté mercredi à Kinshasa un rapport indiquant qu’entre le 14 et le 27 avril 2017, « les miliciens Bana Mura ont exécuté sommairement au moins 64 personnes (…) et violé au moins 41 femmes et 2 enfants » au Kasaï. « Ces atteintes ont été parfois commises avec le soutien actif de militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo qui, dans certains cas, ont été directement responsables de l’exécution extra-judiciaire d’au moins 17 civils, dont un enfant ».
 
Ces crimes ont été commis « dans le cadre de traque des membres de la milice de Kamwina Nsapu et d’une campagne de représailles contre les communautés lulua et luba ».
 
Révolte et répression
 
Des hommes du chef Kamwina Nsapu, des Luluas et des Lubas, sont entrés en révolte en août 2016 à la suite de la manipulation par des autorités congolaises de la succession dynastique. Constituées de nombreux enfants et pauvrement armées, ces troupes rebelles s’en sont prises aux symboles de l’Etat et à ses représentants, qui ont été tués. La répression contre les Kamwina Nsapu a été sanglante et plus de 80 fosses communes ont été retrouvées par l’Onu, contenant pour la majorité d’entre elles les restes de victimes de la répression.
 
En août dernier, un rapport du Haut commissariat de l’Onu aux Droits de l’homme estimait que certains des crimes commis au Kasaï pourraient constituer des crimes internationaux. Il indiquait que, selon des rescapés, les forces de l’ordre locales et d’autres agents de l’Etat avaient  activement fomenté, alimenté et parfois même dirigé des attaques sur base de l’appartenance ethnique. La milice Bana Mura, formée vers mars-avril 2017, était ainsi constituée de ressortissants des ethnies Tshokwé, Pende et Tetela pour attaquer les communautés de Lubas et de Luluas, accusées de complicité avec les Kamwina Nsapu. Dans bon nombre des incidents signalés, des soldats de l’armée congolaise étaient à la tête des miliciens Bana Mura lors des sanglantes attaques menées contre plusieurs villages du territoire de Kamonia en avril et mai derniers.
 
« Sabotage »
 
Le 11 octobre dernier, l’envoyé spécial de l’Onu en RDC, Maman Sidikou, avait affirmé devant le Conseil de Sécurité que « les incidents violents se poursuiv(ai)ent dans la région du Kasaï ».
 
Réagissant au rapport du BCNUDH présenté mercredi à Kinshasa, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a fustigé ceux qui « veulent saboter les enquêtes judiciaires » (Kinshasa en a officiellement lancées sur les violences au Kasaï). « Il faut donc cesser de faire des communiqués parallèles », a-t-il indiqué à l’adresse de l’Onu.

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