RDC: les familles dénoncent les fausses listes de détenus politiques libérés

RDC: les familles dénoncent  les fausses listes  de détenus politiques libérés

Par Marie-France Cros.

Les familles des prisonniers politiques en République démocratique du Congo (RDC) ont dénoncé la fausse annonce, par le gouvernement, de la libération de 79 d’entre eux au titre de la « décrispation » exigée par l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Alors que le parti de Vital Kamerhe a annoncé lundi son retrait du gouvernement en raison du « retard et la certitude de la non organisation des élections » dans les délais impartis par l’Accord de la Saint-Sylvestre, le Comité des familles des détenus politiques au Congo affirme qu’une autre obligation faite au gouvernement par cet accord n’a pas été respectée: la libération de détenus politiques comme mesure de « décrispation ».

L’Accord de la Saint-Sylvestre 2016 prolongeait d’un an au pouvoir le président Joseph Kabila – dont le dernier mandat constitutionnel est venu à échéance en décembre 2016 – en échange de l’organisation, avec l’opposition, des élections dues (obligation que le pouvoir n’a pas respectée jusqu’ici) et de mesures de « décrispation ».

Les amnistiés: des hommes de Gédéon?

Le 3 octobre dernier, le ministre de la Justice, Alexis Thambwé Mwamba, publiait un arrêté ordonnant la libération de 79 détenus. Selon le comité des familles de détenus politiques, cependant, il s’agit d' »inconnus ». Qui plus est, ils « seraient des affiliés du rebelle sanguinaire Gédéon Kyungu, devenu membre de la Majorité présidentielle ».

Gédéon Kyungu est un ancien membre des « Auto-défenses populaires » créées au Katanga par Kabila père et ensuite abandonnées à leur sort. Il est communément appelé Gédéon dans son Katanga natal, où il sema la terreur, entre 2002 et 2006, par d’horribles exactions contre des villageois de la région de Mitwaba – Manono – Kabala (connue depuis lors comme « le triangle de la mort »), notamment des actes de cannibalisme. Le 12 mai 2006, il s’était rendu aux casques bleus avec 200 hommes (dont des enfants-soldats); ils avaient été remis à la justice militaire congolaise qui, en mars 2009, avait condamné Gédéon à mort.

Mais en septembre 2011, il avait été libéré – avec quelque 900 autres détenus – par une attaque de la prison de la Kasapa que nombre d’organisations des droits de l’homme avaient jugée suspecte, notamment parce que les deux camps militaires proches de la prison n’avaient pas bougé le petit doigt. Début 2012, Gédéon avait repris ses violences dans le « triangle de la mort ».

Selon un rapport de la Commission Justice et Paix de Lubumbashi, il avait été nommé responsable de la sécurité pour la région de Mulongo par le général John Numbi – limogé de son poste de chef de la police pour avoir été impliqué dans le meurtre du défenseur des droits de l »homme Floribert Chebeya et la disparition de son chauffeur, en 2010, et resté très influent jusqu’à aujourd’hui dans l’appareil sécuritaire kabiliste.

Le criminel fêté

Le 11 octobre 2016, Gédéon avait déposé officiellement les armes, vêtu d’un T-shirt à l’effigie de Joseph Kabila. Il avait été accueilli par des chants et des danses, organisés à Lubumbashi par l’ex-gouverneur du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe (Majorité présidentielle), avant de rejoindre la Majorité présidentielle.

Gédéon fait partie des 9 responsables congolais frappés par des sanctions européennes depuis le 29 mai dernier, notamment parce que plusieurs camions de ses combattants avaient été amenés à l’aéroport de Lubumbashi la nuit du 21 au 22 mars 2017 et emmenés à Kananga, au Kasaï, où plusieurs sources les accusaient d’avoir accru les violences régnant alors dans cette région – en révolte contre Kinshasa – par des massacres. Selon les informations révélées par La Libre Afrique, une partie de ses combattants, officiellement démobilisés, avaient été remobilisés par l’armée congolaise pour combattre au Kasaï.

Pas amnistiables

A Kinshasa, le Comité des familles de détenus politiques souligne que les 79 bénéficiaires de l’amnistie du 3 octobre dernier ne faisaient pas partie de la liste officielle des « politiques » à libérer, remise par la société civile et l’opposition lors des négociations pour l’Accord de la Saint-Sylvestre. Le Comité souligne que les hommes de Gédéon ne sont pas amnistiables « car coupables de crilmes contre l’humanité ».

Le Comité rappelle qu’une « fausse liste de prisonniers à libérer » avait déjà été présentée « par le ministère de la Justice en novembre 2016, dont la quasi-totalité était composée d’individus déjà libres! ». Et que 81 détenus « déjà amnistiés depuis 2014 (…) croupissent toujours en prison ». Les « cas emblématiques » cités par l’Accord de la Saint-Sylvestre – dont Eugène Diomi et Jean-Claude Muyambo – n’ont bénéficié d’aucune amnistie.

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