RDC: la lettre ouverte à Kabila de Gilbert Kiakwama

RDC: la lettre ouverte à Kabila de Gilbert Kiakwama

 Par Marie-France Cros.
 
Le député démocrate-chrétien Gilbert Kiakwama exhorte le président Joseph Kabila, hors mandat, à « une rupture fondamentale » en raison du « danger imminent » créé par son « échec » à la tête de l’Etat congolais.
 
Presque octogénaire, cet ancien ministre de Mobutu, entré en opposition depuis 1988, veut « attirer l’attention » de Joseph Kabila « sur sa responsabilité et le mettre en demeure d’assurer la stabilité et la perennité » du Congo, alors que la « faillite » de son régime – faillite « économique », « sociale », « politique », « morale » – a créé « le désordre et l’anomie » (désorganisation sociale résultant de l’absence de normes communes dans une société) à un point qui rappelle la fin du mobutisme.
 
« Les annonces – avec beaucoup de légèreté et d’insouciance – de la non convocation des élections, du nouveau report sine die des élections, de l’absence de moyens pour organiser les élections » (le président de la Commission électorale a, une nouvelle fois, allongé le délai nécessaire, selon lui, pour organiser les scrutins qui étaient dus en 2016, jusqu’à au plus tôt 2019) « sont autant de coups de canon qui vont conduire notre Nation dans l’abîme », avertit M. Kiakwama.
 
Le pays à la merci d’un incident
 
Et de reprendre les certitudes cyniques répandues dans les milieux kabilistes: « Bien sûr, beaucoup répètent qu’il n’y aura rien. Que les Conglais sont des peureux (…) Que les leaders de l’opposition sont des fainéants désunis (…) Que les mouvements citoyens peuvent continuer à pérorer sans impact. Que la Saint-Sylvestre 2018 se passera comme d’habitude au champagne et petits fours, en comptabilisant le dernier million engrangé. C’est possible, M. le Président. C’est possible. Mais, nous les Congolais, nous sommes imprévisibles! », ajoute-t-il, soulignant que le pays est désormais à la merci d’un incident qui l’embraserait. « Cela ne se passera peut-être pas quand tout le monde l’attend, mais il faut se mettre en tête dès à présent que ça se passera ».
 
Et d’inciter Joseph Kabila à ne pas croire « que l’idée d’un mandat présidentiel indéfini, prolongé illégitimement, finira par s’imposer ». Le député lui suggère d’imiter l’ex-président haïtien Martelly, qui a quitté sa fonction pour ouvrir la voie à un gouvernement intérimaire chargé d’organiser les élections qu’il avait été incapable de préparer, comme le chef de l’Etat congolais. Ou de s’inspirer de Frederick De Klerk, dernier président de l’apartheid, en Afrique du Sud, qui avait « créé un choc de confiance en libérant unilatéralement tous les prisonniers politiques et d’opinion » et grâcié les exilés; le président hors mandat pourrait ainsi appliquer enfin l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, qui l’avait prolongé au pouvoir en échange de la préparation, avec l’opposition, des élections dues et de mesures de « décrispation » toujours attendues.
 
S’il préfère « continuer la stratégie de l’usure, de l’incertitude, de l’instabilité et du chaos » comme Mobutu l’avait fait, l’octogénaire rappelle à Joseph Kabila que « ni lui, ni le Zaïre ne s’en sont remis ».
 
La responsabilité des opposants
 
Gilbert Kiakwama n’oublie pas la responsabilité de ses compagnons opposants. « Nous avons perdu le bénéfice de l’adhésion spontanée du peuple congolais. Il souffre toujours, oui. Il est toujours en colère, certes. Mais il n’est plus sûr que ce que nous avons à lui proposer est faisable et vaut la peine. Il considère sans doute que nous n’avons pas été à la hauteur, ces derniers mois ».
 
Prévenant que « les semaines à venir nécessiteront des sacrifices », il exhorte à l’union et à retourner vers la base. Il incite les Congolais « à exprimer nos exigences à ces dirigeants qui viennent nous voir. A défaut, suscitons nos propres dirigeants et chargeons-les de faire le boulot ».

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