Kenyatta, l’héritier multi-millionnaire persuadé d’être réélu

Kenyatta, l’héritier multi-millionnaire persuadé d’être réélu

Le président kényan Uhuru Kenyatta, héritier du père fondateur de la nation et représentant des élites du pays, est convaincu que sa réélection, annulée une première fois par la justice, ne souffrira aucune contestation lors du scrutin de jeudi.

Alors que les sondages prédisaient un duel serré pour l’élection du 8 août, le leader de l’ethnie kikuyu avait obtenu une victoire en apparence sans appel avec 54,27% des voix.

Mais son vieux rival Raila Odinga (44,74%), un Luo, qui ne cesse de lui mener la vie dure et avait déjà contesté, en vain, le résultat de l’élection de 2013, a décidé de saisir une nouvelle fois la justice.

Et, à la surprise totale de M. Kenyatta et du pays, le 1er septembre, la Cour suprême annulait le résultat de l’élection, une première sur le continent, pour des irrégularités dans la transmission des résultats.

La Cour n’a rien trouvé à reprocher au président et fait porter le blâme à la seule Commission électorale (IEBC), coupable d’avoir organisé une élection qui n’était « ni transparente, ni vérifiable ».

Kenyatta, 55 ans, s’est d’abord voulu beau joueur. Mais très vite, il n’a pu cacher la rancoeur qui l’anime à l’égard des juges, qu’il a qualifiés d' »escrocs » et qu’il pourrait vouloir museler s’il est réélu.

Hormis cet écart de langage, il s’en est tenu à une communication très maîtrisée, qui lui a permis, dans l’esprit de beaucoup de Kényans, de faire porter à l’opposition la responsabilité de la crise.

Dès le 1er septembre, il a lancé la bataille électorale en improvisant un meeting dans les rues de Nairobi, où sa déconcertante euphorie a donné un peu plus de corps aux rumeurs sur son supposé penchant pour la bouteille.

– Exonéré par la CPI –

Avec le vice-président William Ruto, un Kalenjin, il a ensuite fait campagne aux quatre coins du pays. Soucieux de ne laisser aucune place au hasard, le binôme a méthodiquement vanté son bilan économique.

Uhuru, un multi-millionnaire éduqué aux États-Unis, a été élu président en 2013, un demi-siècle après son père Jomo Kenyatta, le premier chef d’État (1964-1978) du Kenya devenu indépendant du Royaume-Uni.

Lui et son colistier étaient alors pourtant inculpés par la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle dans les violences post-électorales de 2007-2008 (plus de 1.100 morts), où Kikuyu et Kalenjin s’étaient entretués.

Mais MM. Kenyatta et Ruto ont habilement transformé cette inculpation en atout politique, se dépeignant en victimes d’un tribunal « néo-colonial ». Ils ont plus tard été exonérés, faute de preuves, après la rétractation de témoins.

Charismatique et moderne pour les uns, héritier dilettante pour les autres, Kenyatta a passé une bonne partie de son premier mandat à se dépêtrer des accusations de la CPI, qui avaient amené de nombreux pays occidentaux à se détourner de lui.

Après l’abandon des poursuites à son encontre fin 2014, le Kenya est redevenu fréquentable. Il a accueilli le président américain Barack Obama puis le pape François, et plusieurs événements internationaux.

Mais son mandat a aussi été marqué par les attaques meurtrières des militants islamistes somaliens shebab contre le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013 et l’université de Garissa (est) en 2015.

Uhuru (« liberté » en swahili) est né le 26 octobre 1961, quelques mois après la libération de son père, emprisonné pendant près de dix ans par le pouvoir colonial britannique.

– Empire financier –

L’empire financier de la famille Kenyatta comprend notamment l’entreprise laitière Brookside, la banque CBA (Commercial Bank of Africa), le groupe de média Mediamax et un groupe d’hôtels de luxe.

Elle est surtout le principal propriétaire terrien du Kenya, à la tête de plus de 200.000 hectares de terres achetées par Jomo au moment de l’indépendance, via un critiqué programme de transfert foncier à bas prix.

En 2011, le magazine Forbes avait estimé la fortune d’Uhuru à 500 millions de dollars (423 millions d’euros). Proche des gens – il parle aux jeunes en argot et esquisse régulièrement quelques pas de danse -, il n’a jamais vraiment fait oublier sa réputation de fêtard.

« Les handicaps de Kenyatta sont au moins aussi importants que ses forces. Il boit trop et n’est pas un bourreau de travail », écrivait mi-2009 l’ambassadeur américain à Nairobi dans un télégramme publié par Wikileaks.

Regard alourdi par de profondes poches sous les yeux, marié et père de trois enfants, Uhuru ne doit pas son ascension à son père, mais au successeur de ce dernier, l’autocrate Daniel arap Moi (1978-2002).

Celui-ci le propulse candidat de la Kanu à la présidentielle de 2002, suscitant l’ire des caciques de l’ex-parti unique. Battu, il devient le chef de l’opposition, avant de soutenir la réélection de Mwai Kibaki à la présidentielle du 27 décembre 2007, face, déjà, à Raila Odinga.​

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